‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 73 sur 237 · ACTE QUATRIÈME Ui · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME Ui

m'attend, on sera revenu, j'ai eu un mois de congé, c'est déjà bien joli.

VÉTHEUIL

Voyons, Claudine, voyons!...

CLAUDINE

Non, c'est ATai, je suis trop malheureuse. Parbleu, toi, tu vas voyager, tu vas voir des pays nouveaux, ça t'intéressera, tu vas vivre une tout autre vie, et tu m'oublieras !

VÉTHEUIL

Non, je ne t'oublierai pas.

CLAUDINE

Écoute, je voudrais te demander une chose, tu ne vas pas te moquer de moi?...

VÉTHEUIL

Pourquoi veux- tu que je me moque de toi?

Tu vas trouver cela absurde...

VÉTHEUIL

Mais rien n'est absurde...

CLAUDINE

Eh bien, écoute : c'est très sérieux. Je voudrais que tous les soirs, à la même heure, nous regardions la même étoile, puisque je ne pourrai môme pas t'écrirc; alors, tous les soirs, à dix heures, si tu veux, nous regarderons... je ne sais pas, moi... attends... la Grande Ourse... oui, c'est ça, la Grande Ourse, c'est la seule que je puisse reconnaître; les autres, je m'y embrouille.

VÉTHEUIL

C'est entendu, je te le promets.

CLAUDINE

Et alors, quand tu seras là-bas, dans des pays impossibles, je penserai que tu es là à regarder le morne coin

l!2 . AMANTS

du ciel en même temps que moi... ce n'est pa.s grand'chose, mais c'est toujours ça!

YÉTHEUIL.

Oui, mais quand je serai là-bas, dans des pays impossibles, comme tu dis, il fera jour pour moi quand il fera nuit |)our toi, et puis nous ne verrons pas les mêmes étoiles.

CLA.UDINE

Pourquoi ?

YÉTHEUIL.

Parce que de tous les points de la terre on ne voit pas la même partie du ciel; la terre, n'est-ce pas... Enfin, ce serait trop long à t'expliquer...

CLAL'DINE.

Tu es sûr? Alors, ça n'est pas juste, s'il ne nous reste même pas ça. Ah! mon Dieu, comme je vais être seulel'Tu aurais mieux fait de ne rien me dire.

VÉTHEUIL

C'est vrai, j'aura.is dû te laisser croire...

CLAUDINE

Écoute donc!..; j

Qsi entend un lnuil de grelots.

VÉTHEUIL

Oui, c'est la voiture qui vient me cherclier.

CLAUDINE

Déjà! Ah! mon Dieu!

LE COCHER, patois jîalien.

Excellence, il est dix heures. J'ai pris les bagages de Son Excellence à l'hôtel ; la voiture est en bas.

CLAUDINE

Ali! qu'il attende encore cinq minutes!

VÉTHEUIL

Oui, oui, c'est bien... dans cinq minutes, je viens...

Le cocher s'en va. Vétlieuil et Claudine restent silencieux quelfiues instants.

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