‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 85 sur 237 · ACTE CINQUIÈME ii · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME ii

même très précis et très exact le sentiment du devoir, la nature donne en même temps, à des êtres comme nous, de la sensualité et de la sensibilité, c'est-à-dire de quoi faire toutes les sottises imaginables! Alors, c'est une lutte perpétuelle.

CLAUDINE

Oui, mais enfin, nous en sommes sortis vainqueurs.., (souriani.) Vainqueui's à la façon des héros qui reviennent mutilés, avec les bras et les jambes en moins.

VÉTHEUIL, souriant.

Oui, mais il reste toujours la place où accrocher rétoile des braves!

Et puis, ça n'est pas vrai! nous ne sommes pas mutilés, nous avons été aussi malheureux qu'on peut l'être, et maintenant, nous sommes guéris. Ah! mon pauvre Georges, vous rappelez-vous nos adieux sur la terrasse de Pallanza, le ciel criblé détoiles, les montagnes enveloppées de ^rume, et notre ami le pêcheur qui chantait : Vorrei Tnorire.

VÉTHEUIL

Il savait qu'on Técoutait... Quel cabot!

CLAUDINE

Et comme il chantait du nez!... Je me le suis chante bien souvent depuis, cet air délicieusement commun : c'est vous qui aviez raison, ce soir-là, et tout ce qu»* vous aviez prédit est arrivé... Oui, oui, cette nuit d'adieux était si douce et si belle, que la douleur que* j'ai ressentie, poignante d'abord, est devenue trè.s calme. Mais ne croyez pas que ça s'est fait tout de suite... Pendant longtemps, j'ai eu des crises de larmes, je pleurais jour et nuit, puis une espèce de maladie noire... J'ai été très malade!

VÉTHEUIL

Ah! ma pauvre amiel Mais alors, qu'est-ce qu'on disait autour de vous?

CLAUDINE

Je donnais des raisons vagues, absurdes, ou je n'en donnais pas du tout, et on s'en contentait. On était toujours très bon, très affectueux, (siience.1 Oui, il ne s'est douté de rien.

Ah! tant mieux, tant mieux !

CLAUDINE

Mais croyez-vous que ma fille a tout compris, elle? Autant qu'elle pouvait comprendre, la pauvre petite. Elle a deviné, en tout cas, que c'était par vous que je souffrais, que c'était vous qui me faisiez pleurer, et, vous savez, le grand portrait que vous m'aviez donné, ^lle vous a crevé les yeux sur ce portrait-là!...

VÉTHEUIL

Elle est très avancée pour son âge !

CLAUDINE

Elle vous aurait crevé les yeux aussi bien^à'vous.

VÉTHEUIL

d'est déjà une femme.

CLAUDINE

Oh ! vous, vous n'avez pas à vous plaindre.

VÉTHEUIL

Ça, c'est vrai, je plaisantais.

CLAUDINE

Et qu'est-ce que vous allez faire maintenant que vous voilà revenu à Paris? Vous allez être fêté, très <iemandé; pensez donc, un explorateur! Ces demoiselles vont vouloir toutes savoir comment on fait l'amour au désert...

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