ACTE PREMIKR
LE B.UlOiN.
A'ous disiez ça parce que, du peu que vous les avez vus, vous avez deviné qu'un sentiment inclinait ces jeunes gens l'un vers l'autre.
LACOLDERIE.
Oui... il m'a semblé que ce jeune M. Raidzell était fart attentif auprès de Juliette, et j'ai surtout constaté chez ma petite cousine une sorte de transformation... elle a dans ses allures, dans sa façon d'être, quelque chose de nouveau, de révélé.
LE BARON
Et vous avez vu juste, mon bon ami... elle aime ce garçon.
LACOUDERIE.
II est vrai que les parents sont toujours les derniers à s'apercevoir de ces choses-là.
A moins qu'ils ne les aient provoquées.
LACOIDERIE.
Oh! provoquées.
LE BARON
Habilement amenées, si vous préférez.
LACOUDERIE.
Comment ça?
LE BARON
Vous savez combien nos amis Marges sont ambitieux pour leurs enfants... soyez bien persuadé qu'ils ne pensent qu'à ce mariage... Juliette et M. Raidzell sont toujours ensemble... on les laisse tout le temps seuls et c'est très significatif. Mme Marges ne laisserait pas ainsi sa fille seule avec...
LACOUDERIE.
Avec un professeur d'énergie.
LE BARON
Oui, vous vous rappelez, à ce mariage de Blanche Crépol, elle n'a pas quitté la petite d'une semelle. Elle avait une peur bleue que Juliette se toquât de ce Postier qui n'avait pas le sou; on l'entendait tout le temps crier : — Juliette, Juliette, où donc est Juliette? — ... C'était comique. Tandis qu'une jeune fdle peut se compromettre avec un Raidzell. Songez donc, avoir un Raidzell comme gendre... hôtel à Paris, château à Épernay, villa à Cannes, et des yachts, des mails, des autos, des dirigeables... Ça leur a tourné la tête, positivement.
Pourtant, Mme Marges parait fort éloignée...
LE BAROiN.
Elle paraît, oui; mais elle et son mari ne pensent qu'à ça. Comment en sont-ils venus là? C'est facile à reconstituer. Mme Marges ne vous a pas tout à fait raconté les choses comme elles se sont passées. Moi, je le sais, j'étais là. Lorsque le blessé était étendu chez le jardinier, on se préparait tout bonnement à l'emballer pour l'hôpital de Yernon. J'entends encore Mme Marges dire à son mari : Je ne tiens pas à ce que cet inconnu meure chez nous. Elle a même ajouté : on a bien assez des siens... on a bien assez des siens!
LACOUDERIE.
C'est admirable!
LE BARON
Mais, lorsqu'on a appris par le chaulîeur que l'inconnu n'était autre que Jean Raidzell, le richissime marchand de Champagne, oh ! alors, on l'a fait transporter dans une des meilleures chambres de la maison. Et voilà le point de départ.