ACTE PREMIER 19T
JEAN
Alors, pourquoi ne répondez-vous pas à ce que con tenait cette lettre?
JULIETTE
\'ous ne me demandiez pas une réponse immédiate... vous m'écrivez au contraire que je dois réfléchir.
JEAN
Quand j e vous ai écrit cela, je n'imaginais pas quelles pouvaient être les angoisses du dout e, de l'incertitude. . . et puis, tout à coup, vous semblez tellement distante^ alors, je suis justement îilarmé.
JULIETTE
Je ne suis pas distante.
JEAN
Différente, tout au moins, différente. Ce matin, je vous ai attendue dans le jardin; je pensais que vous viendriez m'y rejoindre... enfin que je vous y rencontrerais par hasard, comme d'habitude... enfin comme ces jours derniers. Mais vous n'êtes pas venue... vous êtes restée dans votre chambre toute la matinée, vous êtes descendue juste pour déjeuner et, depuis, vous avez fait en sorte que quelqu'un fût toujours entre nous. Encore tout à l'heure, vous avez singulièrement insisté pour que votre cousine vînt avec nous.
JULIETTE
Ma cousine vient passer une journée à la maison... il est bien naturel que je m'occupe d'elle.
JEAN
Évidemment... mais, ptjur moi, tout cela prend des proportions, une signification dé.sespérantes... et^ quelle que soit votre réponse, je préfère la connaître tout de suite... être fixé.
i98 PAP.AÎTHE
JULIETTE
Écoutez, Jean, avant que je vous réponde, vous êtes-vous interrogé vous-même gravement, profondément? Êtes-vous certain de voir bien clair en vous? Lorsque vous serez rentré chez vous, lorsque vous vous retrouverez dans votre milieu véritable, bien des choses vous distrairont sans doute... Vous reprendrez vos habitudes, vous reverrez vos amis...
JEAN
Je n'ai aucune hâte de me retrouver dans mon milieu véritable et qui est bien le plus faux que je connaisse. Autrement, j'aurais pu quitter plus tôt cette maison. Voilà une semaine que je suis guéri. Mes amis! ils ne se sont même pas dérangés. Excepté mon frère, personne n'est venu me voir... et c'est chelz des étrangers que j'ai trouvé du dévouement et de la sollicitude.
JULIETTE
Donnez-vous au moins le temps d'oublier.
Vous avez l'air de l'espérer, d'y compter jnêjne.
JULIETTE
Sans Vespérer, je peux le prévoir.
JEAN
\'ous en êtes donc capable?
JULIETTE
11 no s'agit pas de moi, mais de vous.
JEAN
Je vous aime, Juliette... C'est vous la première que j'ai vue lorsque j'ai rouvert les yeux et, quand je suis revenu à la vie, c'est sous votre forme que la vie m'est apparue, avec votre jeunesse, votre candeur, votre intelligence, votre bonté... Oui, lorsque vous frappiez