ACTE DEUXIÈME
CHRISTIANE
Que c'est drôle! que c'est drôle!... Et comment Tat-il connue?
LE GRAFFIER.
C'est une amie d'une petite amie à Eugène Raidzell. Vous savez que votre beau-père fait la bombe avec le frère de son gendre...
CHRISTIANE
Famille!
LE GRAFFIER.
Un soir, ils ont dîné tous les quatre ensemble... et M. Marges est tombé amoureux.
CHRISTIAXE.
Tombé est le mot. Mais, lui, ne peut pas croire raisonnablement qu'une aussi jeune femme soit amoureuse de lui.
LE GRAFFIER.
Il le croit déraisonnablement, parce qu'elle le lui fait croire.
CHRISTIANE
IOh ! que c'est drôle !... Il est vrai que ces femmes-là... i LE GRAFFIER.
I Mais non, madame, pas seulement ces femmes-là, loutes les femmes font croire aux hommes, jeunes ou lieux, ce qu'elles veulent, vous entendez bien, ce qu'elles veulent. Oui, avec notre sentimentalité, notre crédulité, notre vanité... et la sensualité... la sensualité que j'oubliais.
CHRISTIANE
Fichtre !
LE GRAFFIER.
Diable! Une femme peut aller aussi loin que possible.
CIIRISTIANE.
Aussi loin que possible?
LE GRAIFIER.
Oui, je ne devrais pas vous dire tout ça.
Pourquoi ?
LE GRAFFIER.
Je trahis ceux de mon sexe. Jamais un homme ne vous parlera comme je le fais... C'est fournir des armes contre soi-même.
CIIRISTIANE.
Mais justement, Le Graffier, ce qui me plaît en vous, c'est que vous me parlez comme à un bon camaratle.
LE GRAFFIER.
Comme à un bon camarade, oui... avec cette nuance de galanterie toutefois, qui laisse deviner que je me précipiterais sur vous, si vous m'y encouragiez le moins du monde.
CHR1SÏL\.NE.
Dites donc!
LE GRAFFIER.
Mais vous ne m'y encouragez pas... c'est une justice à vous rendre.
CHRISTIAN E
Et, à votre avis, c'est toujours les femmes (jui commencent ?
LE GRAFFIER.
Elles doivent commencer... Mais j'ai du plaisir à causer avec vous, parce que vous n'êtes pas banale... D'abord, vous ne trompez pas votre mari.