ACTE DEUXIÈME
CIIRISTIANE.
N<;n, je ne le trompe pas.
LE GRAFFIER.
Mais non, vous ne le trompez pas, je vous le dis, je le sais mieux que vous... et vous ne le tromperez peutêtre jamais; mais, quand vous le tromperez, ce sera la belle course.
CHRISTIANE
Ça veut dire?
LE GRAFFIER.
Que vous ne courrez pas dans un prix à réclamer ou dans un petit handicap, mais dans une belle épreuve : le Derby, par exemple, le bine ribbon, comme disent les Anglais.
CHRISTIANE
Alors, pour vous, je suis une femme dans le genre de Gladiator?
LE GRAFFIER.
Ou de Fille de l'Air.
CHRISTIANE
Et qui vous fait croire ça?... mes jambes?... Vous ne les avez pas vues.
LE GRAFFIER.
Non, mais certaine expression que vous avez parfois; votre allure, votre air de tête, vos yeux surtout qui sont les plus singuliers que je connaisse.
CHRISTIANE
J'ai de grands yeux.
LE GRAFFIER.
Ce n'est pas le tout d'avoir de grands yeux, il faut les remplir... C'est comme l'alexandrin, c'est le plus beau vers, à condition qu'il signifie quelque chose.
CHRISTIANE
Et que signifient mes yeux?
LE GRAFFIER.
Tout.
CHRISTIANE
Et quoi encore?
LE GRAFFIER.
Je vous le dirai plus tard. En attendant, vous m'intéressez. .
CHRISTL\NE.
Vous m'en voyez ravie.
LE GRAFFIER.
Et je vous suis dans le monde.
CHRISTIAN E
Comme l'Anglais suivait le dompteur.
LE GRAFFIER.
Oui, mais pour savoir qui vous mangerez.
CHRISTIANE
Oh! je ne mangerai personne. Pour en revenir à j mon beau-père, où trouve-t-il l'argent d'être aimé pour ' lui-même?... C'est qu'il en faut.
LE GRAFFIER.
Au prix où est le cœur, je crois bien... Eugène Raidzell est un spéculateur heureux et, sur ses conseils, M. Marges boursicote. C'est ainsi qu'il a pu perdre, l'autre soir, cent louis au cercle. Il disait avec une" sorte d'orgueil : C'est ma première culotte!
CHRISTIANE
Sa première culotte, il ne croyait pas si bien dire : il| retombe en enfance. î
Juliette qui est survenue et a enteoilii ces derniers mots.