ACTE DEUXIÈME
rive gauche, l'hôtel du Doubs et de l'Uruguay — tu penses, si je m'imaginais pouvoir être dén'>.hée là — Raymond était déjà parti... nous sortions toujours séparément pour plus de précautions.
JULIETTE
Oui, oui.
GERMAINE
Il faut bien que je te dise tout... le même individu s'est approché de moi et, cette fois, m'a réclamé le double : dix mille francs... j'étais bouleversée.
JULIETTE
La première leçon aurait dû te suffire, pourtant.
Oui, elle aurait dû; mais ça, c'est la moindre des choses... tu vas voir. Il iallait encore trouver cette somme... je te fais grâce de mes pérégrinations... je ne te dirai pas quelles sortes de gens j'ai vus, les usuriers qui finissent en satyres, et les usurières en procureuses. Ah! Juliette! Juliette! tu ne sais pas ce qu'on peut proposer à une honnête femme pour la tirer d'embarras. Mais ça, ce n'est rien encore... tu vas voir. Hier soir, mes démarches m'avaient conduite du côté de l'Observatoire, lorsque, au bout du boulevard Saint-Michel, qu'est-ce que je vois, marchant tranquillement sur le trottoir?... ma chère, il y a de ces hasards effrayants, invraisemblables... je vois l'individu en question et, causant et riant avec lui, avec cet homme, avec cet espion, avec ce mouchard, mon amant, ma chère, mon amant !
JULIETTE
Oh!
GERMAINE
Oui, tu ne veux pas le croire; moi-même je ne pouvais pas... j'ai fait arrêter le fiacre dans lequel
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j'étais; j'ai bien pris le temps de le regarder, d'emplir mes yeux de cette abomination, de cette horreur! Comment n'ai-je pas bondi hors de la voiture pour courir à lui et lui cracher au visage? J'étais clouée là, j'avais les jambes coupées. Ah! quelle honte! quelle honte! Tu connais maintenant la boue dans laquelle je suis enlisée. Tu croyais qu'il s'agissait d'une note de couturière : il s'agit d'une note d'amant.
JULIETTE
Ahî ma pauvre petite Germaine... Mais si cet homme a des lettres de toi ?
Hélas! il en a.
JULIETTE
Alors ne crains-tu pas que, dans un mois, dans huit jours peut-être, il ne recommence? Tu es à sa merci.
GERMAINE
Oui... j'y ai pensé... j'ai écrit à mon frère de demander un congé, de venir en toute hâte; je lui avouerai tout. Il ira trouver Raymond pour lui redemander mes lettres, sous la menace de le tuer, de l'abattre. Et il les donnera... ces gens-là ne sont pas braves... Mais mon frère est là-bas en Algérie, dans un poste de l'Extrême- Sud. ., le temps qu'il revienne!... Il fallait aller au plus pressé... Alors je suis venue te trouver.
JULIETTE
Et tu as bienfait. Xaturcllement, je vais te donner ce que tu demandes.
GERMAINE
Merci, Juliette: je ne sais comment te remercier... tu me sauves la vie... Tu étais ma suprême ressource! Si tu n'avais pas vonUi, si lu n'avais pas pu me rendre