‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 163 sur 227 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

alTection, ni dévouement, ni tendresse; c'est un ascendant, un pouvoir que certains êtres exercent sur vous et auquel on ne peut se soustraire... c'est comme un poison qu'on a dans le sang.

JULIETTE

Tu es débarrassée, j'imagine, de ce poison?

GERMAINE

Ah! je l'ai vomi... c'est fini, je le jure, c'est bien

fini. (Elle pleure.)

JULIETTE, lui prenant les mains.

Tu n'es pas méchante, Germaine... redeviens donc l'honnête petite femme que tu étais... tu me le promets?

GERMAINE

Ah ! oui, je te le promets.

JULIETTE

Ne te laisse plus entraîner. Tu aimes ce qui est élégant, tu recherches les hommages. Sois simple, surtout, soit très simple. J'ai mauvaise grâce, avec ma fortune, à te prêcher la simplicité. Ah! ma fortune, elle est en train de désorganiser ma famille... de tout corrompre autour de moi... c'est mes parents qui en sont éblouis, c'est ma belle-sœur et sa mère qui en sont jalouses, c'est... Sois simple, je te le répète et consacretoi désormais au bonheur de ton mari... s'il en est temps encore.

GERMAINE

Ah ! lui, je n'ai jamais cessé de l'aimer... mais tu ne comprends pas, toi, c'est vrai, tu ne peux pas comprendre.

Il faut croire que c'est possible, puisque tu me le dis... Cela me surprend, cela me surprend encore...

272 PARAÎIRE

mais j e prévois que, bientôt, rien ne m'étonnera plus...

rien, (^t à son tour, elle plem-e. )

GERMAINE

Ail ! comme tu es bonne, Juliette, tu as l'indulgence de la vertu véritable... non seulement tu ne m'accables pas, tu ne t'écartes pas de moi, mais voilà que tu pleures sur ma misère et sur ma détresse.

JULIETTE

Ne me fais pas meilleure que je ne le suis... la pitié elle-mcme peut être égoïste.

GERMAINE

Égoïste, comment ? Tu n'es pas malheureuse.

JULIETTE

Non, mais ce que m'ont révélé tes tristes confidences est tellement la suite d'une conversation qui s'est tenue ici même, tantôt ; cela vient s'ajouter à tant de vilenies que je découvre chaque jour, ou que je devine... Alors, je me dis que tout est possible dans ce milieu où je vis, dans ce monde de luxe, de vanité, de mensonge et de vice, où j'ai été précipitée par je no sais quel destin!

GERMAINE

Non, où tu es entrée par une porte d'amour, parce que tu aimais Jean et parce que Jean t'aimait.

Hélas! j'apportais à Jean un cœur de cent mille francs de dot, un pauvre cœur riche d'illusions et tout rempli de rêves d'intimité fidèle, de tendre confiance, de bonheur tranquille et profond. Mais c'est impossible dans ce cadre-là.

GERMAINE

Oh! impossible!

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