‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 164 sur 227 · ACTE DEUXiEMK liT.i · texte numérisé non relu

ACTE DEUXiEMK liT.i

JULIETTE

Mais oui... tandis que Jean m'apportait un cœur de je ne sais combien de millions. Oh! il n'a jamais eu, comme on dit, le sentiment de sa fortune... mais il en a les sentiments et c'est plus grave. Et ce n'est pas sa faute, il a été tellement gâté... Jamais rien à désirer, jamais rien à faire. Il a toujours vécu dans une sorte de royauté ; il croit de bonne foi que tout lui est permis, que tout lui est dû... alors, alors...

GERMAINE

Ma chère petite Juliette,je voudrais tant que tu sois heureuse... tu le mérites entre toutes.

JULIETTE, se reprenant.

Mais je ne suis pas malheureuse... je ne suis pas malheureuse... je ne sais même pas pourquoi je te dis tout ça... ton malheur est bien autrement réel. Tu vois que la pitié peut être égoïste... Pardonne-moi, j'ai eu une mauvaise journée... j'ai vu des personnes qui ne me sont pas sympathiques...

Cette affreuse Mme de Bénauge?

JULIETTE

Oui... et puis tu es arrivée par là-dessus avec ton histoire, tes larmes qui m'ont amollie... il faut être plus forte.

GER.MAINE

Mais non, Juliette, tu t'es sentie en confiance avec moi, parce que j'étais assez pitoyable pour pouvoir te comprendre... c'est ça, n'est-ce pas? c'est bien ça?

JULIETTE

Oui, c'est ça.

GERMAINE

Je ne sais pas faire de grandes phrases, et, avec toi,

elles sont inutiles... Laisse-moi te dire simplement que je te suis toute dévouée, Juliette, entièrement dévouée.

JULIETTE

Je le crois... j'en suis sûre... (Elles s'embrassent.) mais il faut que je te donne ça, je ne peux pas te le donner ici... montons chez moi.

Pendant qu'elles se dirigent vers la porte, le rideau tombe.

Page 1