I.K BARON
Il va avec Paul.
MADAME MARGt:S.
Mais non, ce n'est qu'un prétexte pour me filer entre les mains... J'ai déjà eu toutes les peines du monde à l'amener ici... Ah ! que son fils ait des ennuis, ça lui est bien égal. Il va encore chez Mlle Egreth, chez sa maîtresse.
LE BARON, li.nnl.
Emile, une maîtresse... ma bonne amie... qu'est-ce que vous allez chercher là?
MADAME MARGES
N'essayez pas de me donner le change... Si vous croyez que vous avez un rire naturel... Je le sais, j'en suis sûre, j'en ai les preuves et vous aussi, vous le savez.
LE BARON
Si vous avez les preuves...
MADAME MARGES
Tout le monde le sait, d'ailleurs... il ne m'épargne même pas le ridicule... je suis un objet de risée.
LE BARON
Ah !.,. si vous en faites une question d'amour-propre !
306 PAHAÎTRE
MADAME MARGES
Non pas d'amour-proiîre seulement, mais d'amour aussi.
LE BARON
D'amour, Madame Marges, d'amour ! ne voulez-vous pas dire qu'une bonne affection?...
MADAME MARGES
Vous ne pouvez pas comprendre ces choses-là... vous êtes un vieux sanglier... mais j'aime mon mari, moi, je l'aime comme au premier jour... Alors, après quarante ans de mariage, sans un nuage, sans une discussion, quand on a toujours fait son devoir, tout son devoir, en arriver là, se savoir délaissée pour la première venue, c'est dur tout de même, c'est bien dur, allez!...
Elle pleure.
LE BARON
Ma vieille amie, ma vieille amie.
>rAD.\ME MARGES.
Oui, votre A'ieille amie, c'est tout ce que vous trouvez à me dire. Il n'y a que les jeunes femmes, n'est-ce pas, qui aient le droit d'avouer certains sentiments. Si j'avais vingt-cinq ans, je serais touchante, intéressante. Mais, à mon âge, je suis ridicule d'aimer, de pleurer, d'être jalouse, car je suis jalouse. Je ne connaissais pas la jalousie... c'est une chose affreuse... Vous la connaissez?
LE BARON
La jalousie?...
MADAME AtARGÈS.
Non... cette fille.
Ah! Mlle Egreth?... non, je ne la connais pas.. Comment voulez- vous que je la connaisse?