ACTE TUOISIl^iME
dans une fièvre de bonheur et de passion. J'avais rillusion que j'étais libre : mon mari était en Allemagne pour ce congrès socialiste. Je ne connaissais pas ce supplice, cette humiliation, la présence réelle de l'homme que l'on trompe, le son de sa voix, son regard qui se fixe sur vous. Combien de fois vous ai-je dit tout cela? Mais mon cceul* et mon âme sont demeurés à vous... et vous ne le savez que trop...
JEAN
Votre âme et votre cœur... Tamour platonique... ce n'est pas cet amour-là que vous inspirez...
CHRISTIANE
Oh! je vous en prie...
JEAN
Ni que vous avez voulu inspirer, rappelez-vous... autrement vous vous y seriez bien mal prise. Oh ! je sais que je manque de délicatesse : la pire offense étant, pour une femme, tantôt qu'on la désire, tantôt qu'on ne la désire pas, selon ses dispositions à elle, dans le moment. Mais, si je dois attendre pour vous posséder à nouveau que votre mari assiste à un congrès... prenez garde : les entr'actes trop longs tuent les meilleures pièces.
CHRISTIANE
Ah! Jean, si vous saviez combien je lutte contre moi-même, vous ne me parleriez pas avec cette brutalité. Non, non, vous ne vous doutez pas de la qualité de mon amour. Être à vous, c'est aussi mon seul désir; mais être à vous tout entière, comprenez-vous, tout entière. Ah! va, sans cesse je fais ce rêve de l'appartenir sans hypocrisies, sans ruses, sans mensonges, sans obstacles. Tu doutes que je t'aime; mais, si je ne t'aimais jjus, pour(^uui aurais-je ^ oulu te garder, te retenir dans ma vie, dans la vie de mon cœur? Et tu crois que j'agis délibérément,
alors que je suis une pauvre créature, eu révolte continuelle contre le mal qu'elle se fait! Tiens! tout à l'heure, quand Paul m'a annoncé son dessein d'aller vivre à Pressagny, j'ai cru que tout mon sang se retirait de mes veines... Je ne sais pas comment je ne suis pas tombée là... et toi, devant la perspective d'une séparation, tu n'as que l'impatience, des reproches et des menaces
JEAN
Eh ! oui, de l'impatience, je l'avoue... je ne suis pas un ange. Il n'y a pas de raison pour qu'une telle situation ne se prolonge pas indéfiniment... En ce cas, je le répète, il vaut mieux être forcés de ne plus nous voir... ou bien alors, rendez-vous libre.
CHRISTIANE
Libre, comment?
JEAN
Oui, votre mari vous en fournit le prétexte... vous ne l'aimez pas, vous n'avez pas d'enfant et vous muimez, dites-vous. Rendez-vous libre... vous serez la maîlresse de vos actes.
CHRISTIANE
'Et la vôtre !
Dame, la mienne, sans doute... sans compter que vous auriez une existence plus brillante.
CHRISTIANE
Femme entretenue! voilà ce que vous me proposez?
JEAN
Mais non, vous ne me comprenez pas... je veux dire... enfin! Ah! mon Dieu! je n'ai pas de chance aujourd'i)ui... tout ce que je vous dis vous blesse... d'abord, puisque vous seriez divorcée