SCENE VI GERMAINE, JULIETTE
Germaine s'installe pour écrire. Quelques secondes, puis Juliette entre par la baie du jardin.
JULIETTE
Bonjour, Germaine.
GERMAINE
Bonjour, ma chérie; je te croyais là-haut, auprès de ton fils?
JULIETTE
Je viens de l'installer avec sa friiulein dans le jardin. Tu n'as pas vu Jean? Le Baron m'a dit qu'il était ici.
GERMAINE
Il était là il n'y a qu'un instant, il vient de sortir.
JULIETTE
Seul?
GERMAINE
Oui... c'est-à-dire non, avec Christiane... ils sont allés rue d'Antibes.
JULIETTE
Ah!... mais tu étais en train d'écrire... je te laisse...
34i PARAÎTRE
Oui, j'écrivais à Georges... j'ai bien le temps.
JULIETTE
Tu as reçu une lettre ce matin?... Il va bien?
GERMAINE
Très bien... il t'envoie mille amitiés... il compte venir me rejoindre à la Turquoise la semaine prochaine, pour les fêtes de Pâques. Pauvre loup, il travaille toujours! Oui, j'ai reçu une lettre, une lettre chargée, même... j'ai quelque chose à te remettre.
Elle tire de sa ceinture deux billets plies. JULIETTE.
Mais non, mais non, ça n'est pas pressé.
GERMAINE
Si, si, je t'ai dit que je voulais te rembourser, deux cents francs par mois. C'est convenu, j'y tiens.
JULIETTE
Ça ne te gêne pas, au moins?
GERMAINE
Ça me gênerait, au contraire, de ne pas m'acquitter de la dette matérielle que j'ai contractée envers toi.
JULIETTE
Je ne voudrais pas que, pour cela, tu te prives de quoi que ce soit.
GERMAINE
Sois tranquille... je ne me prive de rien. Depuis que j'ai suivi ton conseil d'être simple, très simple, depuis que j'ai renoncé au superflu, je me trouve riche, et j'ai reconnu aussi que le bonheur n'était pas dans le plaisir.