ACTE QUATRIÈME
JULIETTE
Alors, tu es heureuse?
GERMA.INE
Gomment ne le serais-je pas? Avec une amie comme toi, un mari qui m'ad...
JULIETTE
Qui t'adore, tu peux le dire. Pourquoi n'achcves-tu pas? Pourauoi n'oses-tu pas achever?
GERMAINE
Je pense combien j'en ai été indigne... alors j'ai honte.
JULIETTE
Mais non, tu ne pensais pas du tout à ça... seulement, tu as un mari qui t'aime, toi, et tu as la délicatesse et la compatissante pudeur de ne pas évoquer l'image de ton bonheur devant moi qui ne suis pas heureuse, de même que les gens bien portants ne proclament pas leur santé devant un malade.
GERMAINE
Mais non, Juliette, je t'assure, ce n'est pas ça.
JULIETTE
Allons donc, si tu crois que je n'ai pas compris. Ah ! tu peu.x: parler, va; mais tu es comme les autres : tu m'épargnes ou tu crois m'épargner, tu te tais; parce que tu m'aimes, tu agis comme une indifférente... tu agis comme ma mère, comme le Baron, qui m'aiment, eux aussi, mais qui se taisent et laissent au hasard ou bien à mes ennemis le soin de m'avertir et de me convaincre. Et, ce hasard, vous vous ingéniez tous à l'éloigner, aie conjurer. Alors, sur une infamie, sur une trahison dont, peut-être, tout le monde parle, on n'éclaire pas celle qui est traliie... on la laisse en butte aux railleries ou aux plaintes, car, si l'on ne se moque
pas d'elle, on la traîne dans la pitié ; on la laisse errer, la malheureuse, dans le doute, dans les soupçons; on la laisse se débattre au milieu des mensonges de toutes sortes; bien plus, on organise l'obscurité autour d'elle! Mais c'est l'éternelle question : doit-on le dire? Eh bien, oui, on doit le dire. Les silencieux sont des complices... Voyons... tu ne trouves pas?...
GERMAINE
Peut-être.
JULIETTE
Non, tu ne trouves pas. Je sais bien qu'il y a des «très auxquels on ne peut pas dire la vérité, même quand ils la réclament; des êtres de faiblesse ou de violence; mais il y en a d'autres qui peuvent la supporter.
GERMAINE
Comment les reconnaître, ceux-là?
JULIETTE
Il ne s'agit pas de les reconnaître, mais de bien les connaître, et tu me connais bien. Ah! savoir, savoir, quelle délivrance! Tout vaut mieux que le doute qui vous ronge. Je l'ai adjuré, lui, Jean, de me dire la vérité; mais il nie, il niera toujours, parbleu! par une sorte de bonté lâche et qui n'est que l'impossibilité physique de voir la souffrance... pourtant, je n'emploie pas le chantage du crime ou du suicide, je t'assure. Quant à elle, jamais elle n'a été plus affectueuse avec moi. Ah ! si elle est sa maîtresse, hypocrisie et fausseté exubérantes!... Tu vois, je ne l'ai pas nommée et tune me demandes même pas de quelle femme je parle... tu n'as pas besoin de me le demander.
GERMAINE
J'imagine que tu parles de Christiane?
JULIETTE
De Christiane, oui; mais, encore une fois, je ne sais