ACTE QUATRIÈME
rien, du moins rien de précis. Les suivre, les écouter, les épier, ou bien fouiller des tiroirs, je ne peux pas, je ne peux pas faire ça. D'ailleurs, ce serait inutile, ils ne s'écrivent pas puisqu'ils se voient tous les jours, vivant sous le même toit, comme ils se voyaient tous les jours, sans doute, lorsqu'ils étaient à Paris et que j'étais ici, toute seule, auprès de mon enfant malade. Alors, dans ces conditions-là, tout signifie tout, ou rien ne signifie rien. Je n'ai pas de preuves, comprends-tu, de preuves devant lesquelles prendre un parti.
GERMAINE
Oui, je comprends; mais, si tu en avais, quel parti prendrais-tu ?j
JULIETTE
Oh ! sois tranquille, je ne me tuerai pas, puisque j'ai mon enfant. Mais que je pardonne à Jean, car je l'aime, et que je chasse Christiane de cette maison, ou bien que je m'en aille moi-même avec mon fils, j'agirai, du moins, j'agirai et j'aime mieux être la victime consciente de l'adultère que d'en être la dupe passive. Non, non, cela ne peut pas durer, je souffre trop, je souffre trop... c'est au point que, chaque fois qu'ils sont ensemble, j'imagine le pire... tiens, hier encore, lorsqu'ils sont allés sur le yacht... je n'ai pas pu les suIatc, je suis malade sur la mer, affreusement; tout est contre moi... Ah! quelles heures j'ai passées!... j'étais montée là-haut, dans la bibliothèque, pour mieux voir, pour voir plus longtemps ce bateau qui les emportait. A un moment, le bateau a disparu et alors une pensée folle, affreuse, m'a traversé le cœur comme un coup de couteau... et je me suis dit : s'ils ne revenaient plus...
GERMAINE
Juliette!
Jl LIETTE.
Oui, Germaine, j'en suis là!
Elle pleure. Un long silenco, puis <.<» cutend uu deliors, dans le jardiu, la voix de M. Marges et ilu Barou.
348 PAIUÎTRE
LE BAROK.
Mais non, mon vieux, elle ne pouvait pas t'aimer, tu as soixante-cincf ans passés, tu es vieux, regarde-toi donc dans une glace.
MARGES
Tu m'enibêtes, tu m'embêtes avec ta glace... Qu'est-ce que ça signifie, Tâge? Coupe-moi la tête, j'ai le corps d'un homme de trente ans!
Les voix s'éloignent.
JULIETTE
C'est mon père.
Eh bien, non, Juliette, tu as raison... je ne peux pas te voir souffrir ainsi et me taire. Voilà trop longtemps que je feins l'inclairvoyance. Tu es venue un jour à mon secours avec une grâce fraternelle. Voilà bien des jours et des nuits que je m'interroge anxieusement sur mon devoir d'amie et presque de sœur...
JULIETTE
Elle est sa maltresse... n'est-ce pas?
GERMAINE
Oui, mais tu connais l'ambitieuse... si ce n'était qu'une première étape...
JULIETTE
Comment ?
GERMAINE
Si elle voulait se mettre à ta place, devenir la femme de Jean.
JULIETTE
Qu'est-ce qui te fait croire une chose pareille?
GERMAINE
Ce que j'ai entendu tout à l'heure. J'étais là, sur