ACTE QUATRIÈME
cette terrasse; eux, ici, et certaines paroles que j'iii surprises m'ont glacée.
JULIETTE, avec un effort.
Quelles paroles?... à quoi propos?
A propos d'une nouvelle rose dont on offre la dédicace à Jean et qui, Tannée prochaine, disait-il, s'ap])ellera Christiane Rcndzell.
JULIETTE
Christiane Raidzell... il a dit ça, tu as bien entendu... Ail ! misérables!
GERMAINE
Je te fais du mal.
JULIETTE
Oh! oui... ce n'est pas toi, c'est eux qui me font du mal.
GERMAINE
Il fallait pourtant que je te dise ça; mais tu peux l'empêcher, il est encore temps.
JULIETTE
A quoi bon? et comment?
GERMAINE
Ce qu'elle convoite, c'est la situation et la fortune, comprends-tu, la fortune; elle ne l'aime pas, elle ne l'aime pas, j'en suis sûre...
JULIETTE
Qu'importe, s'il l'aime, lui!
GERMAINE
\'a, j'ai compris son jeu, tout son jeu abominable; il ne songeait pas à elle, c'est elle qui a dû s'offrir... T. 30
JULIETTE
Qu'importe, s'il l'a prise!
GERMAINE
Et qu'il veuille en faire sa femme, qu'elle s'en défende comme de ce qu'on désire le plus, c'est encore elle qui lui a suggéré cette idée.
JULIETTE
Qu'importe, si cette idée, maintenant, est en lui... c'est irrémédiable.
GERMAINE
Non, ce n'est pas irrémédiable. Autrement, t'aurais-je avertie? Il faut que tu parles à Jean.
JULIETTE
Ah! quel i dirais-je?
GERMAINE
Dis-lui que tu connais ses projets, que c'est moi qui te les ai révélés. Tu peux me nommer, me mettre en avant, je n'ai pas peur. Il t'a aimée... il n'est pas cruel... il a été entraîné... Devant ta douleur, il comprendra le crime qu'il va commettre... il y renoncera, j'en suis certaine. Ah! si tu pouvais le convaincre qu'elle n'agit que par intérêt, qu'elle n'a pas d'amour pour lui... Que Jean feigne seulement d'être ruiné, il verrait bien.
JILIETTE.
Ma pauvre petite Germaine, tu ne me comprends pas. J'ai de l'orgueil et je ne veux pas, sachant ce que je sais, m'accrocher à l'homme qui ne m'aime plus, avoir l'air de m'accrocher à la situation et à la fortune. Ah! s'il était ruiné, je resterais peut-être... non, j'ai aimé trop longtemps cet être de charme et de séduction, mais fantasque, vaniteux, égoïste, féminin...