ACTE QUATRIÈME
GERMAINE
Ah! tu l'aimes encore, va!...
JULIETTE
C'est possible... je n'en sais rien; eh bien, si longue et douloureuse que doive être l'agonie de mon amour, je la supporterai avec courage. Quant à pardonner, jamais!
GERMAINE
Alors, que vas-tu faire?
JULIETTE
Je parlerai à Jean, non pour le supplier de me garder, mais pour lui dire que je m'en vais.
GERMAINE
Tu ne peux pas partir, Juliette, je t'assure, tu ne le peux pas sans avoir tout tenté pour empêcher son triomphe, à elle.
JULIETTE
Ah! le seul triomphe, c'est d'être aimée.
GERMAINE
Si tu aimes mieux, pour empêcher la désorganisation de ton foyer... A cause de ton fds, de votre enfant, tu n'en as pas le droit. Et ceux qui sont autour de toi connaîtront forcément la cause de ton départ... et Christiane est la femme de ton frère.
Alors, si je n'ai que le droit d'attendre les événements, de tout accepter et de souffrir, il ne fallait rien me dire, toi, ou, du moins, il ne fallait me dire que ce que je croyais... c'était bien assez... le beau service que tu m'as rendu!... •
GERMAINE
Oh! Juliette, ceux qui se taisent ont donc raison?
352 PAHAITUE
JULIETTE
Non, non, je te demande pardon... je suis injuste... tu as bien fait, tu as bien fait de parler... seulement, il faut comprendre, n'est-ce pas? c'est l'écroulement, c'est la fin de tout... je peux bien te le dire, j'étais décidée à pardonner, mais pas ce que tu m'as révélé, et je n'étais prête que pour une partie de la vérité.
Elle pleure loiijjueraenl sur l'tSpaulc de Germaine. On entend un bruit de voix, dans le vestibule.
GERMAINE, prêtant l'oreille.
Écoute donc, Juliette, écoute donc... il me semble entendre la voix de Paul, là, à côté.
JULIETTE
C'est impossible, il est à Paris.
GERMAINE
C'est bien sa voix, je la reconnais.
JULIETTE
Oui... (Et debout soudain.) Mou frère... mou frère... pourquoi vient-il ?
Elles se regardent.
Ta crois?
JULIETTE
Je ne sus pas...
Le domestique a introduit Paul. Ce dernier, en costume do voyage, le visaijc dt'coniposé, bouleversé.