SCÈNE III
BOISDUGAND, RAYMOND, puis GABRIELLE, SOINDRES ET SUZANNE
BOISDUGAND.
Je suis entré tout à l'heure dans ta chambre, mon enfant ; tu n'y étais pas.
RAYMOND
Papa, je suis sorti ce matin de très bonne heure... J'ai fait une très grande promenade à motocyclette.
BOISDUGAND.
Et tu n'as pas couché dans ton lit. Mon enfant, je ne te demande pas chez qui tu as passé la nuit... je n'ai pas besoin de te le demander. Un simple calcul de probabilités nous a permis à ta mère et à moi d'être suffisamment éclairés. Mais, puisque tu t'es conduit comme un homme, je te parlerai comme à un homme. Mon Dieu, je comprends jusqu'à un certain point que tu éprouves le besoin de te distraire, bien que tu commences très jeune, mon garçon. Mais il y a des distractions permises et d'autres qui ne le sont pas. Il y a certains actes qu'on ne commet pas dans la maison de ses parents, sous leur toit... et cette femme, quel que soit
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son âge, quelque provocation que tu aies eu à subir de sa part, cette femme devenait respectable et sacrée par cela seul qu'elle demeurait ici, que c'est une amie de la famille.
RVY.MOND.
Mais, papa...
BOISniGAND.
Laisse-moi achever... Je te ramène à Paris ce soir même et je te laisse en pension toutes les vacances.
RAYMOND
Mais, papa, je t'assure que je ne sais pas du tout ce que tu veux dire.
BOISDIGAND.
Voyons, voyons, Raymond, ne mens pas... tu aggraves ta faute. C'est pénible... ne mens pas, ou alors apporte dans tes mensonges la plus grande clarté... si tu veux que je te croie. Tu n'as pas couché dans ton lit?
RAYMOND
Non, papa!
BOISDLGAND.
j Tu as passé la nuit chez une femme?
RAYMOND
! Oui, papa, mais elle ne demeure pas ici... je te le jure; '' j'ai toujours respecté les amies de la famille; je ne sais pas de qui tu parles.
BOISDUGAND.
Alors, où demeure-t-clle cette.... femme?
RAYMOND
Elle demeure à Trou ville.
BOISDUGAND.
Et elle s'appelle?... Je ne t'oblige pas à me dire son nom.
RAYMOND
Oh! papa, je peux te le dire. Elle s'appelle Juliette d'Anjou.
BOISDUGAND.
Ce n'est pas une jeune fille?
RAYMOND
Oh ! non, papa.
BOISDUGAND.
C'est une femme mariée?
RAYMOND
Non, papa.
BOISDUGAND.
Une femme divorcée?
RAYMOND
Non, papa.
' BOISDUGAND.
Une veuve? (Raymond fait signe (|uc non.) Une actrlCG?
RAYMOND
Non, papa!
Alors?...
Raymond.
Oui, papa.
BOISDUGAND.
Où l'as-tu connue?
RAYMOND
C'est un jour sur la route... près de ^'illers... elle était en panne... elle n'avait rien pour réparer... alors, je l'ai aidée...
BOISDUGAND
C'est la première fois que tu allais chez cette personne?