‹ ThéâtreChapitre 103 sur 185 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

MYRRHINE Moi, je ne pense à rien: cette petite prière m'a fait du bien.

LAMPITO Oui, en voilà pour une heure ou deux, mais après?

MYRRHINE

Après? tu surveilleras ton esclave, tu carderas ta laine, tu la fileras, tu pétriras tes gâteaux, tu laveras ton enfant, tu prépareras le souper, que sais-je? Ah! par les deux déesses! U y a tant de choses à faii'e pour une femme dans son ménage: occupe-toi donc de ta maison, tu ne penseras pas à ces choses-là.

LAMPITO

Est-ce que tu crois par hasard que mon esclave n'est pas commandée comme il sied, et mon enfant lavé comme il convient? Est-ce que je vais te chercher pour ces besognes? Seulement, c'est le soir... Ah! le soir, quand je me mets au lit... Est-ce la nuit, le silence, l'obscurité, ou simplement d'être étendue?

Ça doit être plutôt ça.

LAMPITO

Toujours est-il que je me tourne et me retourne pendant de longues heures, avant de m'endormir et, plus d'une fois, il m'est arrivé de passer une nuit blanche.

NICODICE

Moi aussi, j'ai passé plus d'une nuit blanche. D'abord j'ai peur toute seule, je meurs do peur. Et comme le temps semble long!

180 LYSISTRATA

CALONICE

N'est-ce pas! On croit que ce maudit coq ne va jamais chanter.

NICODICE

Et le moindre bruit prend des proportions extraordinaires: un meuble qui craque, le chien qui aboie et me voilà couverte d'une froide sueur.

CALONICE

n y a devant ma porte un olivier sacré: la dernière nuit, le vent soufflait dans les branches... ça faisait pschu, pschu, pschu, absolument comme des pas... on eût dit qu'on marchait dans le vestibule.

NICODICE

Dans ce cas-là, moi je me cache la tête sous les couvertures et je retiens ma respiration. Moi aussi, par Castor, je redoute les nuits blanches; elles me paraissent cent fois plus noires que les autres. Tandis que, lorsque mon mari est à mes côtés, je dors tranquille: il n'y a pas de danger, lorsqu'il y a un homme dans la maison.

Si une souris trotte sur le plancher, vite il saute à bas du lit, prend son casque et son bouclier et la transperce de sa lance!

LAMPITO

Ah! quand nos hommes reviendront-ils? Je me consume et je languis dans cette solitude.

MYRRHINE Tu te languis, avec ce teint vermeil! Tu étranglerais un taureau.

Page 1