‹ ThéâtreChapitre 139 sur 185 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

AGATHOS

Non, par les dieux! Si j'ai mis les pieds chez elle, que le tonnerre de Zeus me pulvérise,

LYSISTRATA

Ne jure pas... je lis la sincérité dans tes yeux... et puis tu mens si bien!

AGATHOS

Écoute, Lysis, parlons sérieusement: je t'ai attendue et tu n'es pas venue. C'est alors que je t'ai fait dire que je repartirais à l'armée siu--le-champ, cette nuit même, si tu ne consentais pas à m'écouter... et j'y étais bien décidé. J'étais à bout d'attente et d'angoisses, il fallait que je te voie, que je voie ta maison, il le fallait. Ici, sur cette place, j'ai rencontré Lycon et Cynésias et tous les autres qui gesticulaient et péroraient, et comme je voulais avant tout avoir la place libre, je les ai tous envoyés chez Salabaccha.

Et quelle tête faisaient-ils les maris ?

AGATHOS

Par Ares, la plus bouffonne du monde. H faut dire que ce qui leur arrive est extraordinaire. Lorsqu'on revient d'une longue absence, on peut tout prévoir: la maison brûlée, l'esclave en fuite, les enfants malades, la femme morte au besoin; mais on ne peut pas prévoir que sa femme ne voudra pas...

LYSISTRATA Alors tu trouves ça drôle?

244 LYSISTRATA

AGATHOS

A condition que ça ne dure pas. Mais je trouve que c'est une idée de génie... seulement ça ne servira à rien.

LYSISTRATA

On ne sait pas. Écoute, Agathos, parlons sérieusement. Oui, c'est moi qui ai eu cette idée que tu trouves géniale; mais c'était véritablement pour qu'on fasse la paix et sans autre arrière-pensée amoureuse. Si je ne suis pas venue chez toi, si je n'ai pas répondu à tes messages...

AGATHOS

Tu craignais d'être faible?

LYSISTRATA

Non, je ne craignais pas d'être faible, mais j'aurais pu être vue, et Lysistrata ne doit pas même être soupçonnée. Enfin, si je suis descendue ce soir, à ton appel, c'est malgré moi et parce que tu m'avais menacée de repartir cette nuit même sans m'avoir vue. Car je t'aime, Agathos, et si je désire que les Athéniens fassent la paix, c'est pour te garder près de moi. Voilà sept mois que je t'attends, et dans quelles angoisses, moi aussi! Songes-tu à l'existence que j'ai menée pendant ton absence, songes-tu que je suis restée seule à la maison, dans la tristesse d'une cité qui semblait morte, sans plaisirs, sans distractions, sans rien, ne sachant où tu étais, ni ce que tu faisais, n'ayant de nouvelles qu'à de rares intervalles, des nouvelles que je redoutais, d'ailleurs, autant que je les espérais, car je craignais sans cesse d'apprendre que tu étais blessé, ou mort. Et la nuit, mon sommeil était traversé de rêves horribles: je voyais des mêlées épouvantables et toi, toi, au revers d'un fossé, le corps couvert de blessures béantes. Moi aussi, j'ai passé des journées lamentables et je ne veux

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