‹ ThéâtreChapitre 147 sur 185 · SCÈNE IX AGATHOS, LYSISTRATA · texte numérisé non relu

SCÈNE IX AGATHOS, LYSISTRATA

LYSISTRATA, qui revient près d'Agathos.

Me voici... je t'ai fait attendre,

AGATHOS Un peu.

LYSISTRATA Je ne trouvais pas la clef... mais maintenant tout est en ordre.

AGATHOS

Viens, ma Lysis.

LYSISTRATA

N'est-ce pas une folie et ne me forceras-tu pas de regretter ce que je fais pour toi?

AGATHOS Je serai ton amant fervent et dévoué jusqu'à la mort.

LYSISTRATA

Ahl Callyce avait raison: on ne remonte pas impunément le courant des lois naturelles. La prédiction de cette enfant retombe sur moi.

AGATHOS Que veux-tu dire?

LYSISTRATA

Rien... mais il me semble qu'une force surnaturelle m'entraîne, que ce n'est pas moi, la sage Lysistrata, qui

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agis en ce moment, mais une autre femme que je ne reconnais pas. Grands dieux, si on le savait!

AGATHOS

C'est impossible... on ne peut pas te soupçonner; c'est ce qui fait ta force.

LYSISTRATA

C'est ce qui fait ma faiblesse. Et c'est dans le temple d'Artémis que je me parjure. Si la déesse allait me punir, si la chaste Artémis me faisait sentir le poids de sa colère, à moi la femme déloyale, et adultère, et impudique.

AGATHOS

Pourquoi veux-tu qu'elle soit en colère?., elle est chaste, il est vrai, mais elle est jeune et belle... ce n'est pas une vieille fille jalouse de ce que les autres femmes aiment ou soient aimées.

LYSISTRATA Écoute... n'entends-tu pas?

On entend vaguement les premières phrases de l'hymne d'Artémis.

AGATHOS Quoi donc?

LYSISTRATA

L'hymne! l'hymne sacré!

AGATHOS Il n'y a personne dans le temple pourtant.

LYSISTRATA 0 Agathos, dans cette nuit calme il me semble entendre

le frémissement d'un orage lointain. C'est la déesse, c'est Artémis qui manifeste sa colère et me rappelle au devoir.

AGATHOS

Non, si la déesse était courroucée, au ciel son astre se voUerait; mais vois, aucun nuage jaloux ne vient nous en dérober la splendide clarté;

Il n'a jamais brillé di'un état plus intense

Et plus calme. Regarde: il nous fait un chemin

Jusqu'aux portes du temple, un chemin de lumière

Chacun de ses rayons est un sourire lieu.

Non, Artémis n'est pas toujours la Chasseresse

Qui, farouche, poursuit les hôtes des forêts.

C'est par de telles nuits que la grave déesse

Dans son carquois d'argent laisse dormir ses traits,

Pour s'en aller, d'un pas léger, selon les Rites,

Chez son frère Apollo mener jusqu'au matin

Les chœurs gracieux des Muses et des Charités;

Et ce que tu crois être un orage lointain

Est la troublante voix des belles Coryphées

Dont la cythare d'or soutient les chants divins.

Oh! viens, car c'est l'heure où, les Nymphes décoiffées

Sur les gazons joyeux se donnent aux Sylvains.

Au fond des bois épais, leurs beaux couples nocturnes

Échangent des regards et des mots prometteurs;

Les amoureuses fleurs, comme de frêles urnes.

Dans la nuit attendrie épandent leurs soiteurs.

Viens! l'inflexible Éros tendant son arc flexible

Vise le cœur des Amantes et des Amants,

Et, dans cette éternelle et pantelante cible.

Plante ses flèches aux pointes de diamants.

La nature n'est plus qu'un immense hyménée :

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La fleur de la forêt et la fleur du tombeau Aimeront cette nuit : la caresse ajournée Est sacrilège. Oh! vois, là-haut, c'est le flambeau D'hymen : ne tremble plus, ô ma Lysis.

LYSISTRATA

Je t'aime!

Enlacés, ils s'en vont vers le temple, dans le chemin large et doux que fait le clair de lune. Pendant que parle Agathos, on entend des accords de harpes et ils s'en vont dans une harmonie discrètement nuptiale jusqu'au baisser du rideau.

RIDEAU

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