‹ ThéâtreChapitre 157 sur 185 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

SALABACCHA

Tu as fini de parler, Phidon. (A l'esclave qui est derrière elle.) Apportez les bassins et les cratères pour les ablutions.

Les convives se lavent les mains qu'ils tendent au-dessus des bassins que leur présentent des esclaves, tandis que d'autres esclaves portant des cratères leur versent de l'eau.

DRACÈS

Maintenant que les ablutions sont terminées, il convient de faire des libations aux dieux.

CLYSTHÈNE

Ne trouvez-vous pas, mes chers amis, qu'il est inutile de faire intervenir à chaque instant les Immortels dans les moindres actes de notre existence! Nous les fatiguons à la fin, et les fatiguer n'est pas les prier. Ne nous occupons donc pas plus d'eux qu'ils ne s'occupent de nous, et contentons-nous d'aimer les choses de la nature pour elles-mêmes, lorsqu'elles sont douces et bonnes, de même que nous aimons Salabaccha pour sa forme pure et ses lignes impeccables, sans nous inquiéter si une déesse habite en elle. (Il se lève.) C'est pourquoi je fais des libations à la seule Beauté dont la recherche constante élève l'âme et dont la possession, même rapide, nous fait semblables aux dieux, et je répands ce vin parfumé en l'honneur du rythme et de l'harmonie dont les lois éternelles président au chœur des astres, comme à la majesté des vers et à la forme des formes qui est la femme!

Lycon bâille bruyamment.

SALABACCHA Est-ce que tu ne t'amuses pas, cher Lycon, avec nous?

278 LYSISTRATA

LYCON

C'est ce damné philosophe qui m'a assommé avec ses discours.

SALABACCHA

Que veux-tu? A présent c'est une mode, une manie, une rage. Il ne se passe pas de festin sans qu'on y discute philosophie à perte de vue.

LYCON Par Apollon, disons des fables et chantons des chansons. Qui sait quelque bon mot, qu'il le sorte! Voulez-vous que je vous dise un conte dans le genre d'Ésope ou de Sybaris?... Tenez, je vais vous chanter l'écharpe d'IrLs.

CLYSTHÊNE Non, mon vieux, reste donc tranquille: si tu n'as que ça en fait de nouveauté.

LYCON

Ça m'est égal, moi, je ne tiens pas à chanter... je n'y mets pas d'amour-propre; mais, par Dionysos, qu'on fasse quelque chose. Voulez-vous que je vous propose une énigme.

GLYCÈRE

Il a raison,..- plus de philosophie. Allons, Salabaccha, ordonne à Myrtale de nous dire quelque poétique légende-

CLYSTHÊNE

Peut-être n'a-t-elle pas apporté sa musique ?

Myrtale est la complaisance même ; elle ne se fera pas prier.

Une esclave apporte une lyre.

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