ACTE TROISIÈME
te sacrifier ma fortune, mes enfants, ma femme même, par Zeus paternel! je crois que je n'hésiterais pas un seul instant.
SALABACCHA A la bonne heure, c'est parler en homme,
LYCON
Mais, insensé que je suis! Consentirais-tu à me suivre dans ma pauvre maison, à partager ma vie laborieuse et sans luxe? Et puis, je ne suis qu'un rude soldat et tu regretterais bien vite les beaux jeunes gens et les philosophes.
SALABACCHA
Ah! cher Lycon, quelle erreur est dans toi, et si tu savais comme ce luxe me pèse, comme ces jeunes efféminés aux doigts chargés de bagues me sont odieux et comme les philosophes m'ennuient. Tandis que toi, tu es naïf et fort... tu as des épaules larges, et tu me troubles étrangement.
C'est vrai?
SALABACCHA Tu ne le vois donc pas, tu ne le sens donc pas... Elle se presse contre lui.
LYCON Hé bien, hé bien, alors... viens!
SALABACCHA
Hélas! je suis liée par mon serment. Ah! sans ça, nous aurions pu être si heureux ensemble. Et puis, je t'aurais appris des voluptés dont tu n'as jamais eu l'idée auprès
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de ta triste femme: tu sais, clans mon pays, les femmes sont ardentes et savantes... enfin, ça ne se peut pas.
LYCON Si, si, il le faut.
Il la prend dans ses bras.
SALABACCHA Comme tu es fort!... est-ce que tu me battrais?
LYCON Oui, si tu le méritais.
SALABACCHA
Tu veux donc que je t'adore. Ah! maudit serment! Voyons, Lycon, laisse-moi.
Elle se dégage.
LYCON
Ail! ma belle amie, quelle fermeté et quelle douceux! Tes seins sont durs comme de jeunes coings.
SALABACCHA
Tu me chatouilles... tu me taies c^mme on fait pour les victimes.
LYCON
C'est moi la \actime. Tu as des parfums qui me grisent... Ma femme n'en a pas de pareils.
SALABACCHA
C'est que ta femme emploie des parfums de Rhodes, tandis que je n'emploie que des parfums de Syrie... Ils sont plus fins, mais ils coûtent plus cher.