‹ ThéâtreChapitre 171 sur 185 · AGATHOS, LYSISTRATA · texte numérisé non relu

AGATHOS, LYSISTRATA

La nuit encore, mais le jour va paraître, les étoiles pâlissent. Dans le

grand silence, on entend un bruit effroyable. Agathos et Lysistra^a

sortent du temple précipitamment.

LYSISTRATA, tout émue.

Comment ça s'est-il fait?

AGATHOS Je ne sais pas.

LYSISTRATA C'est effroyable! Ah! tu vois, le châtiment ne s'est pas fait longtemps attendre.

AGATHOS Quel châtiment?

LYSISTRATA

Mais cette statue qui, en tombant, a failli nous écraser! N'est-ce pas un signe manifeste du courroux de la déesse dont nous avons profané le temple?

300 LYSISTRATA

AGATHOS, très calme.

Tu as une fâcheuse tendance, Lysistrata, à attribuer aux effets les plus simples des causes surnaturelles.

LYSISTRATA

Tu trouves simple, toi, qu'Artémis se soit brisée en mille miettes sur le sol?

AGATHOS En mille miettes, tu exagères; elle a le bras et le nez cassés, voilà tout. La statue n'était pas solide, nous étions appuyés contre le socle et un mouvement trop brusque l'a fait choir. Artémis n'est pas habituée à des offrandes de ce genre.

LYSISTRATA Elle a bien failli nous écraser. Ah! j'ai eu tort de trahir mon serment.

AGATHOS Tu es étrange; mais si c'était, comme tu le dis, un signe de la colère d'Artémis, la statue en tombant nous eût broyés, tandis que c'est elle qui a le bras et le nez cassés: singulière façon, tu m'avoueras, pour une immortelle de prouver son mécontentement.

LYSISTRATA Oh! toi! tu as toujours une façon d'arranger les choses. D'abord, tu ne crois à rien, c'est bien simple.

AGATHOS

Moi, par Zeus, je crois à tout ce qu'on veut. Mais il y a deux façons d'interpréter l'événement et je choisis, sans hésiter, la plus avantageuse. Or, tu prétends qu'Artémis

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