ACTE DEUXIÈME
VÉTHEUIL, très haut.
On peut aller loin avec cette raison-là. On peut être aimable jusqu'au bout, du moment qu'on est chez soi.
CLAUDINE, à mi-voix.
D'abord, ne parlez pas si haut... vous allez réveiller ma fille; c'est bête ce que vous dites là, et grossier... vous savez bien que je ne suis pas une femme à ... et puis, si j'ai été coquette, c'était parce que vous étiez trop aimable avec Jamine, c'était pour me venger.
VÉTHEUIL
Mais moi, ça n'a pas d'importance, je ne la connais pas, cette Jamine... je la connais à peine, du moins... je l'ai vue ce soir, je ne la reverrai peut-être plus jamais! Tandis que ce Chérance, tout le monde sait qu'il te fait la cour, qu'il est très amoureux de toi et qu'U n'a qu'im but, c'est de... parfaitement. H ne t'a pas quittée des yeux, et cet imbécile de Kuyseux qui ne voit rien, qui laisse faire. J'avais envie de lui crier: mais remuez-vous donc! vous êtes donc aveugle... vous êtes donc... je ne sais pas, moi.
CLAUDINE S'il n'était pas aveugle, mon cher, vous ne seriez pas là.
VÉTHEUIL
Ce n'est pas à vous, ma chère, à me le faire observer. (Un silence, après lequel Vétheuil dit doucement:) Claudine!
CLAUDINE Quoi?
VÉTHEUIL
Nous sommes très heureux; au fond, nous nous aimons, car tout ça c'est de l'amour et du meilleur. Tu sais parfaitement que je t'adore et que je me moque d'Henriette Jamine et de toutes les femmes... Nous n'avons que quelques heures à passer ensemble, quelques minutes, et nous nous disputons!
CLAUDINE
Dame! à qui la faute?
VÉTHEUIL
A moi. Ça ne fait pas l'ombre d'un doute. Seulement, il faut être indulgente, il faut me prendre comme tu es... allons viens près de moi, faisons la paix.
CLAUDINE C'est vrai, tu nous dis tout de suite des choses blessantes, toi; un peu plus, tu m'aurais accusée d'être la maîtresse de Chérance.
VÉTHEUIL Mais non... j'ai dit seulement qu'U te faisait beaucoup la cour, ce qui est la vérité.
Allons donc! Il adore sa femme, il lui a fait cinq enfants et elle est encore enceinte.
VÉTHEUIL
Elle est enceinte?... alors c'est de toi... Mais qu'est-ce que ça prouve? Je ne peux pas empêcher les gens de te trouver jolie et de te désirer, et du moment que c'est moi que tu aimes, je n'en demande pas davantage. Allons,