ACTE TROISIÈME
VÉTHEUIL
J'arrive l'après-midi chez Claudine et je suis reçu comme si j'avais commis un crime d'amour, un véritable forfait... je ne sais pas, moi; comme si j'avais fait un enfant à Clara après l'avoir forcée d'abjurer sa religion.
JAMINE Vous exagérez.
VÉTHEUIL
Non pas, je vous jure que c'est ainsi que ça a commencé... pour une chose aussi puérile, aussi bête.
JAMINE
Elle vous aime... elle est comme toutes les femmes qui aiment vraiment, autoritaire et jalouse.
VÉTHEUIL Oui, mais U y a des limites.
JAMINE Si vous m'aviez vue, moi, avec Philippe que j'adorais pourtant... Je l'empêchais d'aller seul au restaurant, au théâtre, aux courses. Je l'avais fâché avec tous ses amis, et, pour un rien, je lui faisais des scènes pas ordinaires. Ah! je peux dire que je lui ai rendu la vie dure; mais c'est le seul homme que j'aie aimé vraiment... nous sommes toutes comme ça, quand nous sommes pincées.
VÉTHEUIL Oui, on dirait que vous vous vengez.
JAMINB
Ah! oui, on se disputait et raide!... un jour, je me rappelle, il me taquinait à propos d'une femme; il était dans son tub, je lui ai flanqué un grand coup de cravache sur l'épaule.
VÉTHEUIL Vraiment? qu'est-ce qu'il a dit?
JAMINE
n est devenu blanc comme ça, j'ai cru qu'il allait me tuer, n m'a dit: << Feus le camp!»
Et vous avez filé?
JAMINE Comme une pomme. Je vous assure que je ne faisais pas la maligne.
VÉTHEUIL Et après?
JAMINE, très simplement.
On s'est réconcilié... c'est l'amour.
VÉTHEUIL Oui, je sais bien... il y a des femmes qui aiment à être battues, mais je ne suis pas de ces hommes-là. Notre amour, Dieu merci, n'en est pas encore à la cravache, mais il donne des signes de détresse, comme on dit en termes de courses.
JAMINE Déjà! Combien y a-t-il de temps que vous vous connaissez ?