ACTE QUATRIÈME
VÉTHEUIL
0 ma chérie, mais moi, il faut que j'en aie. Et tu ne sais pas jusqu'à quel point il faut que j'en aie pour faire ce que je fais.
CLAUDINE
Tu ne peux pas rester encore ce soir, rien que ce soir? Ah! si, je t'en prie...
VÉTHEUIL
Hélas! ma chérie, tu sais bien que je suis resté près de toi aussi longtemps que je l'ai pu. En partant tout à l'heure, c'est tout à fait le dernier train que je prends, j'arriverai à Marseille juste pour m'embarquer sur le bateau; ainsi, tu vois...
CLAUDINE
Oh! non! je ne pourrai pas, c'est au-dessus de mes forces; reste, il faut que tu restes tout à fait.
Voyons, Claudine, je t'en prie, ne dis pas cela, ne me brise pas le cœur davantage. Mais, en supposant que je reste, est-ce que nous pourrions reprendre la vie de Paris? avec les mêmes obstacles entre nous deux et les mêmes scènes qui nous aigrissent et qui nous lassent; car, demain, elles recommenceraient ces scènes-là, et nous le savons bien, elles Sont la conséquence des conditions dans lesquelles nous nous sommes rencontrés. Ah! parbleu! combien de fois avons-nous essayé d'être heureux malgré tout; nous ne l'avons januiis pu... et nous ne le pourrions pas davantage, et nous finirions par nous détester, par nous trahir même.
CLAUDINE Oh! non, oh! non!
VÉTHEUIL
Est-ce que cette vie-là est possible? Ah! non, c'est l'enfer, et puis ça serait vilain, après les quelques semaines que nous avons passées ici, seuls, si complètement seuls; nous avons été trop heureux et nous ne pouvons plus concevoir autre chose; nous avons eu un mois de bonheur que rien n'est venu troubler...
CLAUDINE Si ce n'est la pensée qu'il faudrait se séparer...
VÉTHEUIL
Oui, mais cette pensée-là empêchait notre bonheur d'être insolent, d'être éclatant, et le teintait de mélancolie... C'était comme la brume qui, ce soir, enveloppe les montagnes, rend leurs contours moins durs, et fait de ces masses énormes des choses attendrissantes.
Ah! comme tu analyses tes sensations, et comme tu es compliqué, même dans le moment que tu es le plus sincère et le plus ému. Est-ce drôle d'être comme ça!
VÉTHEUIL
Oui, c'est parce que je suis comme ça que je t'ai comprise, le jour où tu m'as dit que tu ne pouvais pas abandonner ton ami, ni compromettre l'avenir de ta fille. Sans ça, j'aurais dit: Je veux! comme tant d'autres, et nous aurions semé des désastres autour de nous. En tout cas, nous avons été pendant un mois complètement