‹ ThéâtreChapitre 75 sur 185 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

l'un à l'autre, sans personne entre nous, seuls, au bord de ce lac où se cachent tant d'amours pareilles aux nôtres. Nous avons pu même, parfois, avoir l'illusion que nous étions libres, nous avons été des Amants, c'est ce que nous voulions: avoir un mois de bonheur absolu... nous l'avons eu, et maintenant, H faut payer.

CLAUDINE Alors, c'est fini... c'est fmi?...

VÉTHEUIL Écoute, Claudine, viens là, laisse-moi te parler, laissemoi te dire...

CLAUDINE Quoi? Qu'est-ce que tu as à me dire? Encore des choses raisonnables; tu ne sens donc rien, toi?

VÉTHEUIL Oh! Claudine, c'est mal, ce que tu dis là... Si tu savais... mais je suis meurtri, moi aussi, j'ai le cœur en lambeaux, je monte un calvane effroyable, seulement, il le faut! il le faut! il le faut!

CLAUDINE f

Je ne te reverrai januiis!...

Mais si... je reviendrai, plus tard, et nous serons guéris.

CLAUDINE Tu crois?

VÉTHEUIL, avec force.

Oui, nous serons guéris; nous ne nous quittons pas parce que je t'ai trompée ou que tu nras trompé, ou que nous sommes las l'un de l'autre; U n'y a pas entre nous les mensonges habituels ni les habituelles infamies qui enveniment les blessures d'amour et font les plaies inguérissables ; nous nous qidttons parce qu'il y a entre nous ta fUle et ton ami, et que nous ne pouvons plus être heureux avec des obstacles si tendres ; et puis, nous nous disons adieu, c'est vrai, mais c'est dans un paysage merveilleux!

CLAUDINE

C'est comme si tu disais à une femme qui va se noyer, qu'elle se noie dans une jolie ri\dère!

VÉTHEUIL

Tu ne me comprends pas... dans un paysage apaisant, si tu aimes mieux... Plus tard, pas demain, bien sûr, mais plus tard, quand tu penseras à cette terrasse de Pallanza, tu reverras en même temps le lac, les montagnes, toutes ces choses qui nous entourent et qui sont si douces, et quand tu songeras à notre séparation, ta douleur, malgré toi, participera du calme qui y préside.

CLAUDINE Jamais!... 11 ne faut pas y compter!,.. Tu es gentil de me dire ça, mais moi, je sais bien que je vais souffrir longtemps et cruellement, toujours! D'abord, ce pays, je le déteste, je l'ai en horreur, je vais le fuir, le fuir. Demain matin, je pars, moi aussi. Ah! si je pouvais m'en aller toute seule, autre part, n'importe où, mais je ne pourrai même pas souffrh" à l'aise... on m'attend, on sera revenu, j'ai eu un mois de congé, c'est déjà bien joli.

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