‹ ThéâtreChapitre 91 sur 185 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

CLAUDINE

Je donnais des raisons vagues, absurdes, ou je n'en donnais pas du tout, et on s'en contentait. On était toujours très bon, très affectueux. (Silence.) Oui, il ne s'est douté de rien.

VÉTHEUIL

Ah! tant mieux, tant mieux!

CLAUDINE

Mais croyez-vous que ma fUle a tout compris, elle? Autant qu'elle pouvait comprendre, la pauvre petite. Elle a deviné, en tout cas, que c'était par vous que je souffrais, que c'était vous qui me faisiez pleurer, et, vous savez, le grand portrait que vous m'aviez donné, elle vous a crevé les yeux sur ce portrait-là!...

Elle est très avancée pour son âge!

CLAUDINE Elle vous aurait crevé les yeux aussi bien à vous,

VÉTHEUIL C'est déjà une femme.

CLAUDINE Oh! vous, vous n'avez pas à vous plaindre,

VÉTHEUIL Ça, c'est vrai, je plaisantais.

CLAUDINE Et qu'est-ce que vous allez faire maintenant que voiis

voilà revenu à Paris? Vous allez être fêté, très demandé; pensez donc, un explorateur! Ces demoiselles vont vouloir toutes savoir comment on fait l'amour au désert...

VÉTHEUIL

Ah! non, je ne vais plus faire la fête; d'abord, lorsqu'on a vécu comme j'ai vécu dix-huit mois, la vie de Paris n'est plus possible. Je regardais tous ces gens-là, tout à l'heure, j'entendais leurs discours, ils sont odieux, grotesques en tout cas; hommes et femmes, ce sont des pantins ridicules; ça n'existe pas, surtout à côté des gens avec lesquels j'ai fait cette expédition. Ah! des hommes, ceux-là, des caractères et des énergies admirables; et quand on les a connus, on veut leur ressembler. Non, je vais m'en aller bien loin, je vais faire de la colonisation.

CLAUDINE

Vous avez raison, mais ça ne sera pas gai là-bas tout seul.

VÉTHEUIL, un peu gêné.

Je ne serai pas seul, je vais me marier; j'épouse la sœur d'un de mes camarades d'expédition.

CLAUDINE Comment? Et vous êtes revenu depuis huit jours à peine. Dites donc, ça s'est décidé bien vite ce mariage-là.

VÉTHEUIL Je la connais depuis plus d'un mois: en rentrant en France, nous l'avons prise en route à Saïgon, et nous sommes revenus sur le même bateau.

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