‹ ThéâtreChapitre 96 sur 185 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Seulement ils avaient des Dieux,

Cest plutôt cela qui vous manque;

C'était leur coté radieux,

Leur temple n'était pas la Banque^

Mais dej)uis le vieux Parthénon

Debout sur ses colonnes blanches,

Jusqu'à Vhumble rocher sans nom

Perdu sous la mousse et les branches,

Chaque endroit était habité

Par la pure divinité:

Que ce fût la Nymphe anonyme

Gardienne d''une source injime.

Ou bien la Pallas Athéné,

La sage et la victorieuse,

Veillant sur sa cité rieuse

Comme sur un bel enfant né

Sous son égide glorieuse,

Les Dieux, les Dieux étaient partout!

Ce n'est pas chose hardie

D'en mettre en cette comédie.

Maintenant, pour vous dire tout, Js crois que les oreilles prudes Vont subir des épreuves rudes.

Les Athéniens, gens d'un goût, Vous l'admettrez, plutôt attique.

Dans la critique dramatique Apportaient la bonne esthétique Qui rit et ne se fâche pas; La pudeur était inconnue.

Et la Vérité toute nue Au théâtre portait ses pas.

De même que dans leurs combats

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Du stade, ils exposaient leurs lignes, Sans nulle intention maligne Depuis le haut jusques en bas, Ils approuvaient que la pensée De tout voile débarrassée Se montrât telle qu'elle était; Et leur poète Aristophane N'était pas traité de profane Quand sur la scène il transportait Quelques actes d'après nature.

Lorsqu'il faisait une peinture Très rigoureuse de leurs mœurs.

Il n'excitait pas de rwneurs.

Le eorroyeur comme l'Archonte Ne trouvait pas étrange, non, Qu'on donnât aux choses leur nom, Et chacun y trouvait son compte Sans que jamais on empêchât La rv^li ■•■anchise du maître.

Franchise qui peut vous paraître Extrême, à vous qui nommez chat Ce qui n'est pas du tout un chai.

L'auteur ne vous prend pas en traître.

Il vient alarmer vos pudeurs.

Salut à vous, bons entendeurs!

Il vous prévient en sa clémence, Pendant qu'il en est temps encor.

Je vois que personne ne sort, Je vais dire que l'on commence.

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