‹ ThéâtreChapitre 97 sur 185 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

DRACÈS, STRYMODORE

Au lever du rideau, les portes du temple sont fermées. Sur un banc,

deux vieillards sont assis, vêtus de manteaux sombres, appuyés sur

de longs bâtons. — Ils écoutent, car sur un rythme lointain et lent,

on entend dans le temple des voix de femmes.

Artémis, pure déesse, Nous V adorons à deux genoux:

Nous implorons que ta sagesse Vienne en nous.

Si nos gorges sont embrasées Par les rouges désirs vainqueurs, Répands tes clartés apaisées En nos cœurs.

Artémis, dans tes routes fraîches Et chastes nous voulons marcher; Tu twus protégeras des flèches De r Archer.

172 LYSISTRATA

Le Désir est semblable à l'homme Qui te guettait, sœur d'' Apollon!

Mais tu sauras le punir comme Actéon.

DRACÈS. Entends-tu, Strymodore ?

STRYMODORE

J'entends bien, Dracès: ce sont nos chères concitoyennes qui prient Artémis d'écarter d'elles le désir. Depuis que leurs maris et leurs amants sont partis pour cette interminable guerre, les femmes d'Athènes se languissent, les pauvres! et pour ne pas être en proie aux torturants désirs de Cypris, eUes ont chassé la déesse de volupté de tous ses temples, et elles ont remplacé sa statue par la statue d' Artémis, la déesse de chasteté.

DRACÈS Mais, par Zeus, sauveur! n'ont-eUes pas les vieillards? Pourquoi nous dédaignent-elles? Hé, hé, U y a de vertes vieillesses... Entends-tu, les voilà qui recommencent!

Et cependant que dans le temple, lointaines et plaintives, on entend les voix des femmes, voilà que sveltes, enlacées, l'une blonde, l'autre brune, l'une en tunique bleue, l'autre en tunique rose, passent deux femmes. Les chants ont cessé.

STRYMODORE, d'un air potinier.

Tu connais ces deux petites femmes-là : c'est Hirondelle et Rosée...

DRACÈS

Jolies filles!

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