L£ PÈSE
Mab non^ elle est descendue.
l'aïeul.
Je croyais qu'elle s'était assise à la taUe.
l'oncle.
La servante ?
l'aïeul.
Oui.
l'oncle.
Il ne manquerait plus que cela!
l'aïeul.
Personne n'est entré dans la chambre?
LE PèRK.
Mais non; personne n*est entré.
l'intruse 227
l'aïeul.
Et votre sœur n*est pas ici ?
l'oncle.
Notre sœur n'est pas venue.
l'aïeul.
Vous voulez me tromper !
l'oncle.
Vous tromper ?
l'aïeul.
Ursule^ dis-moi la vérité, pour l'amour de Dieu!
LA FILLE AÎNÉE
Grand-père! grand- père! qu'est-ce que vous avez?
l'aïeul.
Il est arrivé quelque chose! Je suis sûr que ma fille est plus mal !...
l'oncle.
Est-ce que vous rêvez ?
l'aïeul.
Vous ne voulez pas me le dire!... Je vois bien ( qu'il y a quelque chose ! . . . }
l'oncle. \
En ce cas, vous voyez mieux que nous. \
228 l'intruse
l'aïeul.
Ursule^ dis-moi la vérité !
LA FILLE
Mais on vous dit la vérité^ grand-père !
l'aïeul.
Tu n'as pas ta voix ordinaire I
LE père.
C'est parce que vous l'effrayez..
l'aïeul.
Votre voix est changée; elle aussi 1
Mais vous devenez fou !
Lui et l'oncle se font des signes d'intelligence, pour se persuader que l'aïeul a perdu la raison.
l'aïeul.
J'entends bien que vous avez peur !
LE père.
Mais de quoi donc aurions -nous peur ?
l'aïeul.
Pourquoi voulez-vous me tromper ?
l'oncle.
Qui est-ce qui songe à vous tromper ?
l'aïeul.
Pourquoi avez-vous éteint la lumière ?
l'intruse 229
L'ONCLE
Mais on n'a pas éteint la lumière; il fait aussi clair qu^auparavant.
LA FILLE
Il me semble que la lampe a baissé.
LE PÈRE
J'y vois aussi clair que d'habitude.
l'aïeul.
J'ai des meules de moulin sur les yeux ! Mes filles, dites-moi donc ce qui arrive ici ! dites-lemoi pour l'amour de Dieu, vous autres qui voyez 1 Je suis ici, tout seul, dans les ténèbres sans fin ! Je ne sais pas qui vient s'asseoir à côté de moi ! Je ne sais plus ce qui se passe à deux pas de moi!... Pourquoi parliez-vous à voix basse, tout à l'heure ?
LE PÈRE
Personne n'a parlé à voix basse.
l'aïeul.
Vous avez parlé à voix basse, près de la porte.
LE PÈRE
Vous avez entendu tout ce que j'ai dit.
l'aïeul.
Vous avez introduit quelqu'un dans la chambre?
230 l'intruse
LE PÈRE
Mais je vous dis que personne n'est entré !
l'aïeul.
Est-ce votre sœur ou un prêtre ? — Il ne faut pas essayer de me tromper. — Ursule, qui est-ce qui est entré ?
LA fille.
Personne, grand-père.
l'aïeul.
Il ne faut pas essayer de me tromper; je sais ce que je sais ! — Combien sommes-nous ici !
la fille.
Nous sommes six autour de la table, grandpère.
l'aïeul.
Vous êtes tous autour de la table ?
LA FILLE
Oui, grand-père.
l'aïeul.
Vous êtes là, Paul ?
le père.
Oui.
Vous êtes là, Olivier?
l'intruse 231
L^ONCLE
Mais oui ; mais oui ; je suis ici^ à ma place ordinaire. Ce n'est pas sérieux, n'est-ce pas ?
l'aïeul.
Tu es là^ Geneviève ?