Textuel
sAQuiEL, démon. Nous l'avoir ainsi arrachée des mains! une moisson si dorée, la voir tomber sous la faucille d'un tavernier! Je me renie moi-même! Et que Dieu ait approuvé un tel brocanlage! La dame se trouvait à la tète de quarante ans de vices, n'espérant aucun remède; celte autre bonne âme arrive et lui donne aussitôt les trésors de grâce qu'elle avait acquise par le Christ et par ses œuvres. Jolie raison, jolie justice!
visiEL, autre démon. Et commo la chadté fut le courtier de ce contrat usuraire, elle le fit reconnaître comme bon, quoi qu'il fut inégal.
sAQuiEL. De cette manière l'âme de ce coquin n'en est que plus riche pour avoir donné le bien qu'elle possédait et pris le mal d'autrui à son compte.
VISIEL. Je ne sais que te répondre; je vois seulement que nul de nous ne peut se vanter d'avoir rencontré en enfer quelqu'un de charitable.
SAQUIEL. Qui en doute? Mais, mon cher Visiel, la lèpre de ce frère n'égale pas en souffrance les tourments que subira dofia Ana dans l'autre vie.
VISIEL. Elle s'est repentie.
SAQUIEL. Ce fut à la fin de sa mauvaise vie.
VISIEL. En un instant Dieu nous enlève l'âme qui se repent et qui pleure ses péchés, d'autant plus qu'elle s'est enrichie des grâces de ce maudit frère.
SAQUIEL. Que lui reviendra-t-il de sa générosité? le nommeront-ils prieur?
VISIEL. C'est peu; lu le verras provincial.
SAQUIEL. Je l'entends, il est dans le jardin; ne te montre pas, je veux le mettre à l'épreuve et exciter sa colère si je le puis.
[(Ils se cachent — Entrent Augel et Antonio.)
m THÉÂTRE DE MICHEL CERVANTES.
ANTONIO. Que portez -vous là, frère Angel? sont -ce des œufs? Donnez-m'en.
ANGEL. Si vous pouvoz manger de ces œufs-là, je ne vous les refuse pas.
(Il lui montre deux boules d'argolla l.)
ANTONIO. Que voulez-vous faire de ces boules?
ANGEL. Je les apporte pour jouer le soir dans le jardin à nos heures de récréation.
ANTONIO. Et vous avcz l'anneau?
ANGEL. Et des palettes neuves.
ANTONIO. Qui vous Ics a données ?
ANGEL. Frère Bertrand j sa cousine les lui a envoyées : il m'en a fait cadeau.
ANTONIO. Avec ces palettes, je vais faire deux ou trois passes d'escrime. Serre-toi comme moi, donne-moi une palette et apprends ce coup que me montra le père de la Croix au temps où il était une aigle volante parmi les coupe-jarrets. Donne, donne donc !
ANGEL, lui donnant une palette. Prcuds, mais jc n'cnteuds ricu à l'escrime.
ANTONIO, se mettant en garde. PlaCC - tOi aîUSi, IC rCgard flXC, CC
pied en dehors, donne-moi une taillade sur la tête; pas de la sorte : c'est tout le contraire.
ANGEL. Je suis un âne bâté.
ANTONIO. Voilà la vraie position que les Jaques ^ appellent la porte de fer.
ANGEL. Quelle folie!
1. Bolas de argoHa. L'argoUa est un anneau de fer que l'on plante dans le sol de manière à ce qu'il puisse se mouvoir. Le jeu consiste à envoyer avec une raquette concave des boules de bois qui traversent l'anneau.