‹ ThéatreChapitre 25 sur 40 · Quartier des marchanfls fie bric-à-brae à Madrid · texte numérisé non relu

Quartier des marchanfls fie bric-à-brae à Madrid

« et ma reconnaissance, lorenzo pasillas. » — JoH contrat de mariage. Eh bien ! l'épouseriez-vous ?

LE SACRISTAIN. Avcc joie, quolquo j'y perde l'expectative de trois mille mara^édis de rente que voulait placer sur ma tête ma grand'mère, ainsi qu'on me l'a écrit de mon pays.

LE SOLDAT. Si la volouté peut entrer en compte, il y a aujourd'hui trente-neuf jours qu'arrivant par le pont de Ségovie , je mis la mienne entre les mains de Christina avec toutes les annexes de mes trois places. Si elle veut m'épouser, elle se fera plus d'honneur d'un châtelain que d'un demi-sacristain qui n'est peut-être pas encore bien complet.

LE MAITRE. Vcux-tu te marier, Christina ?

CHRISTINA. Oui.

LE MAITRE. Choisis donc parmi ces deux hommes celui qui te plaît le mieux.

CHRISTINA. J'ai honte.

LA MAITRESSE. N'aie pas honte , car le dîner et le mariage ne peuvent se subordonner au goût des autres.

LE SOLDAT. Mou cnfaut, jette un regard sur moi. Je suis soldat, j'espère être gouverneur d'un château, j'ai le cœur généreux ; je suis l'homme le plus galant du monde, et par le fil de ce vêtement , tu pourras tirer à toi tout le peloton de ma gentillesse.

LE SACRISTAIN. Ghristina, je suis musicien, quoique je ne joue que des cloches. Aucun sacristain ne peut me surpasser dans l'art d'orner une tombe ou une église un jour de fête solennelle. Ces travaux, je puis les exécuter étant marié et gagner de quoi manger comme un prince.

LA MAITRESSE. Allous, me liUe, choisis, et tu réconcilieras ainsi ces deux puissants rivaux.

LE SOLDAT. J'y cousens.

LE SACRISTAIN. Et lïioi (Je même.

CHRisTiNA. Eh bien ! je choisis le sacristain.

(Entrent des musiciens.)

LE MAITRE. Appelez ces musiciens aux gages de mon voisin le barbier. Avec leurs guitares et leurs chansons ils nous aideront à célébrer le mariage, et le seigneur soldat sera mon convié !

LE SOLDAT. J'accopte. Où il y a la force du fait, tout droit se perd.

UN MUSICIEN. Puisque nous sommes arrivés à propos, ces paroles seront le refrain de nos couplets.

(Les musiciens cliantent les couplets suivants :)

« Les femmes choisissent toujours celui qui le mérite le moins parce que leur mauvais goût est plus fort que toutes les qualités. Elles préfèrent l'argent au courage, et un sacristain à un soldat. Le choix ne fut pourtant pas si bête. Celle-ci s'est réfugiée dans l'église, qui est le port des délinquants. — Où il y a la force du fait, tout droit se perd. »

« C'est bien là le soldat, demeuré seul dans ses vieux jours, sans un sou, parce qu'il a quitté sa compagnie, et qui se figure être un Gaïfer conquérant par la violence ce que je gagne par la douceur. Les reproches ne m'atteignent pas puisque tu as perdu la partie. Un homme offensé peut toujours injurier son adversaire. Où il y a la force du fait, tout droit se perd. »

(Ils entrent dans la maison en chantant et en dansant.)

LE

INTERMEDE

Une place de village.

(Entrent Chanfalla, saltimbanque, et la Chirinos, sa femme.)

CHANFALLA. N'oublie pas, Chirinos^ mes avis, principalement celui que je t'ai donné à propos de ce nouveau tour qui doit avoir autant de succès que le dernier.

CHIRINOS. Illustre Glianfalla, tout ce que je possède d'intel* ligeiice est à ton service; j'y joins mon désir extrême de te satisfaire. Dis-moi, pourtant, à quoi bon avoir enlevé cet. enfant? Ne pouvions-nous pas, à nous deux, suffire au travail?

CHANFALLA. II nous était aussi nécessaire que le pain à la bouche pour battre la caisse pendant les entr'actes du Tableau des merveilles.

CHIRINOS. Ce sera une merveille si nous ne sommes pas lapidés, seulement pour l'enfant; car je n'ai vu de ma vie une plus misérable petite créature.

(Entre l'enfant.)

l'enfant, y a-t-il quelque chose à faire dans ce village, seigneur directeur? Je meurs d'envie de vous montrer que vous n'avez pas eu tort de me prendre à votre charge.

CHANFALLA. Quatre corps comme le tien ne feraient que le tiers d'un homme et encore moins une charge. Si tu n'es pas plus grand musicien que grand garçon, cela ne nous empêche pas de prospérer.

l'enfant. Tout petit que je suis, on m'a proposé d'entrer dans une troupe avec une part.

CHANFALLA. Si ta part te ressemble, elle sera invisible. Or çà, Chirinos, nous voici dans le village et ceux qui viennent à nous doivent être et sont sans doute le gouverneur et les alcades. Allons à leur rencontre. Donne le fil à ta langue sur la pierre de la flatterie et cependant ne pique pas.

(Entrent le gouverneur, l'alcade Benito Repallo, le régidor Juan Castrado et le greffier Pedro Gapacho.)

CHANFALLA, saluant. Je baisc Ics maius de Vos Seigneuries. Qui de vous est le gouverneur de cet endroit?

LE GOUVERNEUR. C'cst moi. Quo voulcz-vous, bonhomme?

CHANFALLA. Avcc dcux onccs de bon sens j'aurais dû voir que cette péripathétique et majestueuse prestance ne pouvait appartenir qu'au très-digne gouverneur de cet honorable pays, qui ne peut manquer d'être un jour gouverneur des AJganovillas.

CHIRINOS. Par la vie de la senora et des senoritos, si monsieur le gouverneur a des enfants !

LE GREFFIER. Monsicur le gouverneur n'est pas marié.

CHIRINOS. Quand il le serait, il n'y perdrait rien.

LE GOUVERNEUR. Ehbicn! Que voulez-vous, homme honorable ?

CHIRINOS. Vivez de longs jours honores, vous qui nous honorez ainsi. En somme le chêne donne du gland, le poi-

rier des poires, la treille des raisins et l'homme honorable de l'honneur, sans qu'il en puisse être autrement.

l'alcade. Sentence cicéronique sans en ôter ni y mettre un point.

LE GREFFIER. Monslour l'alcade veut dire cicéronienne.

l'alcade. Je veux toujours dire ce qu'il y a de mieux, et souvent je ne trouve pas. Enfin, bonhomme, que voulezvous?

CHANFALLA. Mol, mos soigneiirs, je suis Montiel, celui qui colporte le Tableau des merveilles. Messieurs de la Confrérie des hôpitaux m'ont envoyé chercher de la capitale parce qu'il n'y a pas un théâtre dans la ville et que les hôpitaux mouraient de faim K Ma présence remédiera à tout.

LE GOUVERNEUR. Et qu'est-cc que c'est que le Tableau des merveilles?

CHANFALLA. Les merveilleuscs choses qu'il enseigne et qu'il montre l'ont fait nommer le Tableau des merveilles. Il fut fabriqué et composé par le savant Tontonelo sous de tels parallèles, rumbs, astres et étoiles, avec tels points, caractères et observations, que nul ne peut voir les choses qu'il renferme qu'il ne soit de race chrétienne et procréé en légitime mariage.

l'alcade. Et le savant qui composa le tableau s'appelait Tontonelo?

CHiRiNos. Né dans la cité de Tontonela, homme qui a laissé une renommée et dont la barbe lui tombait jusqu'à la ceinture.

l'alcade. Les hommes à grande barbe sont généralement savants.

1. Comme nous l'avons dit, les hôpitaux percevaient un droit très-

»^.levé sur les spectacles.

LE GOUVERNEUR. SeigncLir rôgidor Juan Castrado, je décide, âauf votre approbation, que ce soir nous célébrions les fiançailles de la sefiora Teresa Castrada, votre fille, dont je suis le parrain, et, pour égayer la fête, je veux que le seigneur Montiel montre son tableau dans votre logis.

LE RÉGiDOR. Je suls aux ordres de monsieur le gouverneur, quoi qu'il puisse arriver.

CHiRiNos. Ce qui peut arriver, c'est que si l'on ne nous paye pas d'avance on verra le tableau comme à travers la montagne d'Ubeda i. Avez-vous conscience, seigneurs justices? Il serait beau que tout le village entrât ce soir au logis du seigneur Juan Castrado et vît ce que contient le tableau, et demain, quand nous voudrons le lui montrer, il ne se présentera pas une âme pour entrer. Non messieurs, non messieurs; ante omnia, il faut nous payer.

l'alcade. Madame la directrice, monsieur le régidor vous payera plus qu'honorablement, et si ce n'est lui ce sera le Conseil. Vous connaissez bien le village assurément. Ici, madame, nous n'attendons pas que l'on paye pour nous.

LE GREFFIER. Madame la directrice veut dire par ante omnia qu'elle désire être payée tout de suite.

l'alcade. Faites, monsieur le greffier, qu'elle me parle droit et j'entendrai de plain-pied. Vous qui avez beaucoup lu et écrit, vous pouvez comprendre cet arabe et moi non.

LE RÉGIDOR. Mousieur le directeur voudra -t- il bien se contenter d'une demi-douzaine de ducats que je lui donnerai comptant? Et personne du village n'entrer îce soir chez moi.

GHANFALLA. Je suis Satisfait. Je me fie aux soins de Voire Grâce.

Page 1