L\ GRANDE SULTANE
— Alors, comment veux - tu lui apprendre ce que tu ignores ?
— J'apprendrai chaque jour ce que je veux lui montrer, et, en dix ans, il aura le temps de savoir le turc et le grec.
On voit que Madrigal avait déjà deviné la méthode Jacotot.
Cependant la Grande Sultane est résolue à mourir plutôt que de se donner au sultan.
— N'est-ce pas le plus grand des péchés que de s'unir à un infidèle ?
— Si tu pouvais fuir, lai répond Rustem, je te l'aurais conseillé; mais lorsqu'il y a contrainte, il n'y a pas de péché s'il n'est pas dans la volonté. Dans tous nos actes c'est l'intention qui nous condamne ou qui nous sauve.
Voilà un eunuque passablement casuiste.
Clara et Lamberto sont dans le sérail sous des habits de femmes turques et sous les noms de Zélinde et de Zaïda. Ils sont perdus si l'on découvre leurs amours et le sexe de Lamberto.
L'ennuque Rustem est chargé de trouver dans Constantinople un tailleur espagnol pour confectionner les vêtements de la Grande Sultane, qui ne veut pas renoncer à ses habits chrétiens. Un vieillard se présente pour faire cet office. Il est agréé. Il se trouve que ce tailleur est le père de Cathahna d'Oviedo. Il se déclare en feignant de lui prendre mesure. Gathalina s'évanouit. Le sultan ordonne qu'on empale le bonhomme.
La seconde journée finit là, et lorsque commence la troisième, on a sauvé les jours du père de Cathalina d'Oviedo. Entrent les musiciens obligés, armés de leurs guitares. Madrigal porte un tambour de basque. Le sultan donne une fête en l'honneur de-sa nouvelle épouse. Elle arrive vêtue à
la chrétienne; elle porte au cou une petite croix d'ébène; elle est accompagnée de Zaïda et de Zélinde, qui sont Clara et Lamberto.
— Tu arrives bien, lui dit Mourad, humaine déesse plus belle que les cieux, centre de mon cœur, sois joyeuse et repose-toi I
Ils s'asseyent sur des coussins. Le cadi demande à entrer. — Que vois-je! s'écrie-t-il. Le sultan lui impose silence et le fait asseoir. Madrigal chante une romance avant le ballet. Dans cette romance il raconte l'histoire de Cathalina. Aujourd'hui, ajoute-t-il, la fille d'Oviedo est sultane. Aujourd'hui nous la voyons fouler de son pied l'indomptable cou du lion ottoman. La sultane se lève et danse pendant que les musiciens l'accompagnent en chantant. Mourad donne la liberté aux esclaves excepté à Madrigal, qui doit continuer à apprendre le turc à l'éléphant.
Le sultan (qui ressemble quelque peu au Schahabaham de VOurs et le Pacha) change tout à coup d'idée. Il retourne à son ancienne coutume et il veut choisir parmi ses autres femmes pour se passer une fantaisie. Il jette le mouchoir à Zélinde, qui n'est autre que Lamberto, l'amant de Clara. Zaïda découvre tout à Cathalina d'Oviedo. Le sultan, furieux de la plaisanterie, veut tuer de sa main Lamberto, qui raconte alors à ce grotesque souverain que c'est par un miracle du prophète qu'il est devenu homme tout à coup, de lille qu'il avait toujours été. Mourad consulte le cadi sur ce point délicat.
— Puede ser esto, cadi?
' — Y sin milagro, que es mas,
— Ni tal oi, ni tal vi.
— Seigneur, dit Cathalina à Mourad, si tu te repens de m'a voir élevée jusqu'à toi, oublie-moi et laisse-moi libre.