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LA GRANDE SULTANE

Mourad est ravi de voir sa favorite jalouse, parce que la jalousie est tille de l'amour. Gathalina obtient la main de Zaïda pour Zélinde et la liberté de tous deux.

Telle est la comédie de la Grande Sultane, la plus médiocre assurément de tout le recueil. J'en donne cette courte analyse seulement pour ne pas laisser de lacune.

LE

COMÉDIE EN TROIS JOURNÉES

Voici une comédie tout à fait dans la manière de Lope de Vega; deux ou trois intrigues entremêlées, des ducs déguisés en laboureurs, des princesses travesties en jeunes bergers. L'originalité de Cervantes qui, dans presque tous ses autres ouvrages apparaît par un coté quelconque, lui fait ici absolument défaut. S'il ne l'avait publiée lui-même, je croirais qu'elle lui est faussement attribuée.

Dagoberto, fils du duc d'Utrino, vient trouver le duc Frédéric de Novarre et lui dit :

— Votre honneur est mis en péril par celle qui aurait dû le garder avec le plus de soin. Votre fille Rosamire a une liaison secrète, et qu'elle n'ose avouer, avec un homme indisme d'ehe et de vous. Pour soutenir la vérité de ce que j'avance, je serai prêt pendant dix jours à combattre, en champ clos, celui qui voudra me démentir.

— Je reste confondu, répond le duc de Novarre, l'accusateur étant le fils du duc d'Utrino, et l'accusée étant ma fille. L'estime que j'ai pour vous me porte à vous croire, mais la

vertu de Rosamire me jette dans une grande perplexité et oppose ma raison à ma colère. Je vais l'interroger pour savoir si je dois être pour elle un père ou un juge sévère.

Cette accusation a lieu en présence de l'ambassadeur du duc Manfred de Rosena, qui était venu pour arrêter le mariage de son maître avec la belle Rosamire. L'ambassadeur, devant une telle accusation, déclare le mariage rompu ou tout au moins différé jusqu'à ce que l'on sache si cette allégation est réelle ou calomnieuse. Rosamire comparaît devant son père. Dagoberto renouvelle en sa présence son accusation et son défi.

— Que réponds-tu, ma fille? Est-ce la crainte ou la honte qui t'arrête? Ah! tu es coupable, puisque tu te caches le visage sans répondre ! Nomme-moi le traître qui t'a séduite et qui nous déshonore !

Pour toute réponse Rosamire s'évanouit, et le duc de Novarre ordonne qu'on l'enferme dans une prison de son château.

Un autre grand personnage, le duc Anastasio, qui aime en secret Rosamire, est venu à Novarre sous le travestissement d'un paysan. TX a été témoin de toute cette discussion et il prie le duc Dagoberto de vouloir bien l'écouter un Instant. Il prend la défense de la jeune fille et reproche au duc d'avoir jeté sans preuves la douleur dans cette famille; mais le ciel suscitera un défenseur pour le confondre. Dagoberto rit de ce paysan qui prétend lui apprendre ses devoirs de gentilhomme, et il l'engage à se féliciter de ce qu'il est dans un jour de patience et de bonté.

L'auteur nous transporte de Novarre dans les États du duc de Rosena, celui qui devait épouser Rosamire. Il est à la chasse et ne sait encore rien de l'accusation portée contre sa jeune fiancée. Il fait rencontre dans la forêt de deux jeunes bergers qui sont des princesses déguisées et dont l'une est la

lille du duc de Dorlan, son parent et son voisin. Les deux jeunes coureuses d'aventures, par leur bon air et par leurs aimables reparties, plaisent à Manfred qui, sachant qu'elles vont à Novarre, les invite à prendre place parmi les gens de sa suite.

L'envoyé de Manfred accourt tout troublé lui annoncer le mauvais résultat de son ambassade, et presque aussitôt un autre messager du duc de Dorlan vient accuser Manfred d'avoir séduit et enlevé sa fille. La fille du duc de Dorlan, accompagnée de son amie Porcia, est en effet près de Manfred, dont elle est éprise; mais Manfred, qui ne la connaît pas et qui ne peut soupçonner sa présence sous ces habits de berger, fait les serments les plus convaincus qu'on le soupçonne à tort d'une lâcheté dont il est incapable.

Les deux jeunes filles, Julia et Porcia, suivent à Novarre Manfred, impatient de savoir des nouvelles de Kosamire. Mais ayant rompu ou du moins différé son mariage, il se travestit en étudiant ainsi que Porcia et Julia, pour entrer dans la capitale du prince dont il devait être le gendre.

Cependant le duc Frédéric est ému des malheurs de sa fille, et il s'informe auprès du geôlier de son attitude dans la prison.

— Seigneur, répond le geôlier, un sombre deuil couvre son visage, et, seule dans sa chambre, elle verse des pleurs.

— Et elle ne se disculpe pas ?

— Non. Savez-vous, seigneur, quelle est ma pensée? c'est que le duc d'Utrino ne dit pas la vérité.

— Pourtant, l'estime en laquelle je le tiens m'oblige à le croire, et, voyant que Rosamire n'ouvre pas la bouche pour se défendre, je dois penser qu'elle est coupable. La faute est grande, celui qui l'accuse est gentilhomme; le terme du champ clos est bref; aucun combattant ne se présente, clair indice que son malheur ne trouvera pas de soutien.

Le duc Anastasio, celui que nous avons vu sous un travestissement de paysan adresser des remontrances à Dagoberto, cherche les moyens de sauver Rosamire.

— Que pensez -vous faire? lui demande Gornelio, son valet.

— Je veux savoir si le prince s'est trompé ou quel motif l'a poussé à accuser Rosamire, s'il a agi par jalousie ou par vengeance; et quand je devrais ne jamais savoir la vérité, je veux combattre pour cette jeune fiUe par pure courtoisie.

— Supposons, seigneur, que Dagoberto soit vaincu dans le combat et que la duchesse sorte de cette tourmente pour entrer libre dans le port , tiendrez - vous pour assuré que c'est la raison et non la force qui vous aura donné la victoire?

Anastasio charge Porcia, qu'il croit être un jeune étudiant, de remettre un billet à Rosamire dans sa prison. Pour arriver jusqu'à la prisonnière, l'étudiant Porcia prendra des habits de paysanne. Pendant ce temps Julia raconte à Manfred que lors de sa visite au château de Dorlan, la fille du duc est devenue amoureuse de lui, et elle lui révèle ainsi ses secrets sentiments sans avouer qui elle est. Porcia, suivant le désir d'Anaslasio, a pris des habits de villageoise et se présente aux portes de la prison avec une corbeille de fruits et de fleurs qu'elle demande la permission d'offrir à Rosamire.

Porcia est introduite dans la prison avec ses fleurs et ses fruits, dont la duchesse accepte l'hommage.

— Vous seule, lui dit-elle, m'avez apporté une consolation dans mon malheur. Asseyez-vous et quittez votre mante. Qui vous amène vers moi ?

— L'intérêt que vous m'inspirez. Je voudrais pouvoir

VOUS être utile avant le combat que doit soutenir votre champion contre le vaillant Dagoberto.

— Mon aventure ne suit pas le cours ordinaire des choses. Celui qui me déshonore est celui qui plus tard me rendra l'honneur; c'est lui qui m'impose ce silence et qui me donne les apparences d'une coupable. Mais avez-vous su ce qu'a fait le duc de Rosena ?

— On dit qu'il a renoncé à vous. D'autres l'accusent d'avoir enlevé la fille du duc de Dorlan et avec elle une sienne cousine; mais je sais aussi que cela n'est pas vrai.

— Rosamire n'est donc pas la seule infortunée I

— Et cette cousine est la sœur du traître Dagoberto. On dit que le fils du duc de Dorlan sera votre cliampion.

— Je le remercie de sa bonne intention; elle est digne de sa naissance.

— Il ne demande aucune récompense; ce qu'il fait il le fait par courtoisie et non par amour.

— Il n'en montre que mieux, sa bravoure et sa noblesse. Quand môme il serait vainqueur je ne l'épouserais pas.

— Pourquoi donc ?

— Je sais pourquoi.

— Et s'il le demandait?

— Si le ciel est juste, je n'en viendrai pas à une telle extrémité!

Porcia et la duchesse Rosamire échangent leurs vêtements, et la duchesse sort de prison sous ce travestissement. Elle va rejoindre Dagoberto^ et ils forment le dessein de fuir ensemble.

La scène nous transporte dans le champ clos où doit avoir lieu le combat. Les trompettes sonnent tristement. Le duc de Novarre entre suivi de douze juges du camp et de ses gardes. Il s'assied sur un fauteuil couvert de drap noir et il ordonne d'introduire sa fille Rosamire. C'est Porcia qui

s'avance sous un voile qui cache ses traits. La moitié des gens qui l'accompagnent est vêtue de deuil; l'autre moitié porte des habits de fôte. Le bourreau marche à sa gauche l'épée à la main. Les tambours font entendre de sourds roulements. A la droite marche un enfant portant une couronne de laurier. Les tambours sont tendus d'étoffe verte d'un côté et d'étoffe noire de l'autre.

Dagoberto et Rosamire, tous deux cachés dans leurs manteaux, sont dans la foule. Anastasio se présente masqué. Dagoberto ne répond pas à l'appel de son nom. Anastasio s'avance.

— Qui étes-vous ? demande le duc.

-— L'ennemi de Dagoberto, comme il est l'ennemi de la duchesse Rosamire dont je prends en main la défense. Dagoberto tarde bien. J'entends sonner les trompettes. C'est lui sans doute.

C'est Manfred qui se présente, portant aussi un masque sur le visage. Julia lui sert d'écuyer; elle est masquée comme lui.

— Qui êtes-vous, bon chevalier ?

— Peu importe qui je suis; ce qui importe c'est de savoir pourquoi je viens.

Les juges décident que la duchesse doit choisir parmi ses deux défenseurs.

Répondant pour la duchesse qu'elle représente, Porcia dit sous son voile :

— Je dépose mon honneur entre les mains de Dieu et de celui de mes défenseurs qui s'est annoncé le premier.

— Dagoberto ne se présente pas, dit l'un des juges, rien ne peut expliquer son absence.

Un messager accourt avec une lettre. Cette lettre a été envoyée par Dagoberto. Cette leltre, adressée au duc de Novarre, dit : « La prompte résolution que vous avez prise de

donner à Manfred votre fille Rosamlre pour épouse m'a obligé de feindre une accusation contre elle pour éviter le danger de la perdre. La meilleure preuve que je puisse vous donner de sa vertu, c'est que je l'ai choisie pour ma femme légitime. Considérez, seigneur, avant de m'accuser, que j'égale Manfred par le rang et que votre fille a choisi celui que peut-ôtre vous ne lui auriez pas donné, la mariant contre son gré. Si vous êtes pour elle un tendre père, je serai pour vous un fils obéissant. »

Anastasio se récrie contre l'adhésion que donne le duc de Novarre à la déclaration de Dagoberto et il réclame la main de la duchesse, promise à son champion par un édit ducal. Manfred dit que s'étant également présenté dans la lice il aurait autant de droits que lui, mais que la duchesse n'appartiendra à aucun des deux. A peine Manfred s'est-il nommé qu' Anastasio lui demande compte du rapt de sa sœur Julia et de sa cousine Porcia. Manfred n'a pas de peine à se justifier. Dagoberto se déclare enfin, et le duc le reconnaît pour l'époux de Rosamire. Porcia donna sa main à Anastasio, Manfred épouse Julia. L'un des personnages secondaires de la pièce conclut en disant . « Voilà, ô amour, tes extravagances et tes exploits. Ici prennent fin tes intrigues qui ne finissent jamais. »

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