‹ Théâtre: mystere, comédies et balletsChapitre 95 sur 228 · PIERROT, COLOMRINE, LE DOCTEUR · texte numérisé non relu

PIERROT, COLOMRINE, LE DOCTEUR

LE DOCTEUR

Quatre, mon fils...

PIERROT

Docteur... vous êtes un vieux drôle •le suis vivant...

■ LE DOCTEUR

Très-bien ! vous avez bu ma fiole ?

PIERROT

Je n'ai rien bu... sinon une souris.

LE UOCTELU.

Alors Vous pouvez vous classer toujours parmi les morts. Galien, Paracelse, Hippocrale, Avicenne, Disent également la pendaison malsaine.

Dans leurs œuvres l'on voit que, le larynx occlus, Le poiunon avec l'air ne communique i)lus ; L'organe intitulé parenchyme splénique (Car il faut vous parler le langage teciini([uc) Se gontle et du thorax einplit les cavités ; D'un sang fuligineux les méats injectés N'apportent au cerveau que trouble et que vertige ; Bientôt la synovie aux jointures se fige, L'on devient roide et sec comme un pantin de bois, Livide, et dans l'état enfin oiî je vous vois.

PIERROT

Je prétends que je vis.

LE DOCTEUR

Non.

PIERROT

Si.

COLOMBINE

La chose est sùic.

LE DOCTEUR

Ce n'est que rêverie et qu'illusion pure.., La science est certaine et ne trompe jamais.

l'IKRROT POSTIirME. 207

Np vous ontètez pas h vivre, rtaut mort...

l'II UROT.

Mais...

LE DOCTEUR

Pas de mais.

PIERROT

Cette tape est-elle do main morte ?

LE DOCTEUR

Oui.

COLOMRI.NE, à Pierrot.

Donne-lui plus bas une preuve plus forte.

PIERROT lui lioniiaïUile ^on pieil au derrière.

Cet argument est-il de pied mort ?

LE DOCTEUR

Non.

PIERROT

Ces coups, Pour venir d'un défunt, comment les trouvez-vous ?

LE DOCTEUR

Fort rudes ; vous frappez à rompre les vertMtres 1

PIERROT

Tenez.

LE DOCTEUR

J'ai des amis dans les pompes funèbres, Et si vous m'appliquez des soufflets aussi forts, Je vous fais empoigner par quatre croque-morts.

PIERROT

Docteur, pour éviter des gourmades sans nomlire, Convenez que je suis un corps et non une ombre.

LE DOCTEUn

Vous êtes bien un corps, j'en conviens.

PIERROT

C'est beureux!

LE DOCTEUR

Etre une omlire serait un destin moins affreux.

.le sens, je vois, j'entends, je marcbe, je respire.

LE DOCTEUR

Oui, c'est le plus iVicbeux.

PIERROT

Et que suis-je ?

*LE DOCTEUR

Vax vami)ire!

COLOMBINE

Un vampire! prands dii'ux !

LE DOCTEUR

Ce teint mat et blalard, Cilfo lèvre sanglante, avec cet œil bagard,

Tout ledit...

C0LO.MRIME.

.'^'il allait pendant (pie je repose, M'enlr'ouviir une veine et sucer mon sauiîrose?

PIERROT POSTHIME. 209

LE DOCTEUR

Sans (lodie il le ll-ra, car c'est le seul moyen Ont" les gens de sa sorte aient pour se porter bien.

PiEiiiior.

N'est-il aucun lemède, aucune médecine?

LE DOCTEUR. [triuG,

Mon Dieu, si !...L'on vous plante un pieu dans la poil.'on vous coupe en quartiers, on brûle vos morceaux, l'nis le vent prend la cendre et la jette aux ruisseaux.

COI.OÎIIII.NE.

Quelle borreur !... A jamais de vous je me sépare.

PIERROT

Ce procédé me semble un tant soit peu barbare.

LE DOCTEUR

.l'en connais un plus doux, qu'on pourrait employer: Certaine potion... mais il la faut payer.

PIERROT

Avec quoi ?

LE DOCTEUR

Vos boutons gros comme des ampoules, Ont des oncos d'Espagne et des ducats ] our moules.

l'IKRROT.

Cbut !

LE DOCTEUR

Un seul me suffit. .

PIERROT

Je vais vous le donner.

COLOMBLNE.

Vampire ! je me risque à te déboutonner. . .

Tu ne me fais plus peur, clier Pierrot de mon âme !

Allons, donne un baisera ta petite femme...

Je te dorloterai, je te bichonnerai...

S'il te manque un bouton, je te le recoudrai...

Lllc lui amiclie les boutons de son lialiit. riERROT.

Fort bien ; mais c'est montrer trop de zèle, peut-être, Que les couper soi-même atin de les remettre,

COLOMBIiNE.

Laisse-moi, dans mes bras, sur mon cœur te presser ! Tendre vigne, à l'ormeau laisse-moi m'enlacer !

On entend poindre Arlequin.

Ilumph !

LE DOCTEUR

Qui peut soui)irer et geindre de la sorte?

PIERROT

Est-ce un veau que l'on sèvre?..,

COLOMBINE

Un cbien mis à la porte?

PIERROT

C'est Arlequin,

riKP.r.OT l'OSTIIVME. 211

COLOMBLNE.

Qii";i-l-il à pousser ces cbimeurs?

LE DOCTEin.

Pourquoi s'est-11 juclit' toul là-haut?

Ani.EQULN, à la fenôtre de ja maison, qui fait face au public.

Je me meurs ! . . .

Je suis empoisouué !...

LE DOCTEUR

Bon, je cours à votre aide :

Pour vous réconforter j"ai là certain remède !

ARLEOriN.

Non, vous m'achèveriez...

COLOMBINE

Dites, qu'avez-vous pris Pour souffrir de la sorte et pousser de tels cris?

ARLEQUIN, de sa fenêtre.

J'ai ha de l'clixir de longue vie ! ...

PIERROT

Étrange El'fi't ; la longue vie en mort hrus(jue se change !

COLOMBINE

Malheureux Arlequin!... Qu'avez-vous fait, docteur?

ARLEQL'IN, de sa fenêtre.

Tu m'as trompé, tu n'es qu'ungueux, qu'un imposteur.

LE DOCTEDR.

Non, mon élixu'resfeà son titre fidèle.

(^-ar vous allez jouir de la vie éteruelle !

AiaEQUI-N.

Je vais mieux : d'un regard de son œil alteiidri. La belle Colombine aussitôt m'a guéri !. . Je descends...

COLOMRINE, lui arracliant iMicorc un boulon.

Cher Pierrot ! . . .

PIERROT

Encore un qu'elle coupe !

ARLEQUIN, entrant en scène.

Ce tableau clocherait si je manquais au groupe.

COI.OMBI.XE.

Vous ne pouvez rester, Pierrot est de retour; Tâchez, l'espoir perdu, d'oublier votre amour... Voyagez, retournez au pays bergamasque.

ARLEQUIN

Mon cœur se fend ! les pleurs ruissellent sous mon masque

PIERROT

Il ne partira pas ! je ne suis pas jaloux, Ensemble nous vivrons dans l'accord \c plus doux.

LE DOCTEUR

Grand Pierrot !

Je serai vertueux.

colomuim:.

Et moi sage.

PIERROT POSTHUME. 213

Pir.RROT.

Un ami très-souvent est commode en ménage. Il me divertira lorsque je m'ennuierai, Et sera le parrain des enfants que j'aurai.

FIN DU l'IF. rir.OT POSTHUJIE.

LE

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