DEUXIÈME TABLEAU
LE CONTEUR, lisant.
Aux pieds de vieux remparts que le soleil calcine. Cette femme au front morne et blême, qui chemine En silence, un manteau de pauvresse entr'ouvert Sur une robe pâle à ^'rands rinceaux d"or vert, Qui la reconnaîtrait sans la toison d'aurore Éparse sur ses bras tache's de sang ? C'est Lore, Lore, la blonde fille au pur et doux regard, Qui, par Fâpre sentier qui longe le rempart, Descend sous bonne escorte au milieu des gens d'armes Le chemin de l'exil.
(Le fond du théâtre s'éclaire : on voit un sentier à travers les blés e des récoltes avec, à l'horizon, la nappe ver'te des eaux du Rhin. l"n énorme rocher coupe la scène en deux, dominant à la fois le sentier et le fleuve; au loin, de l'autre côté de l'eau, des tours et la silhouette elTacée d'une ville. Ciel orageux, balayé de nuées aux formes étranges. On est au crépuscule.
(Entre Loreley, à pas très lents, le front baissé, un manteau de bure à trous jeté sur ses épaules, des mèches de ses cheveux pendantes.
(Trois grands lansquenets rouges, le dos arrondi sous leur pique, la suivent à distance.)
LORH, à elle-même.
L'Abbesse a vu mes larmes, Et le divin asile est reste' clos pour moi. Elle m'a rejetée à l'opprobre, à l'effroi; Et, femme, à ces soudards, faible et désespe'rée, Son chaste et dur refus m'a doublement livrée. (Après une pause.)
Oh! pour les malheureux l'abîme est seul ouvert.
(A ce moment un homme imberbe d'une grande beauté, cuirassé et casqué d'écaillés vertes, surgit dans une lueur derrière elle.)