L.\ REINE, montrant la bète à Raimbaude
Vois comme elle a peur! tais-toi. La pauvre bête est plus e'mue que nous et ne nous veut aucun mal.
RAIMBAUDE
.Mais elle est bien hideuse.
LA REINE, pensive.
Oui, plus hideuse encore que je ne l'avais songée, mais
1 y a comme une àme dans ses yeux cerclés d'or. Pauvre
créature, on dirait qu'elle m'implore!
;Une fanfare de cor éclate, la bète affolée se précipite contre la reine et cherche à se cacher sous son manteau.)
LA ï^UIV.VNTE
Le monstre réclame certainement votre appui.
LA REINE
Pauvre protection! Mais qui chasse donc aujourd'hui eu forêt?
(Des yalels de meute traversent la scène eu courant.;
LA REIiNF>, qui les a vus.
Rotterik! Rotterik ici!
(Au nom de Rotterik la bête se serre plus étroitement contre la reine.)
[RAIMBAUDE
.Je ne puis la regarder! Mais voyez comme elle frissonne au nom de monseigneur.
LA REIXK
Tout cela est e'trange! ses yeux me parlent et, plus je la regarde, moins grande est mon horreur. (A la bête.) C'est bien Rotterik qui te fait peur? (La bête fait signe que oui.) Et c'est bien Rotterik qui te poursuit? (La bête fait signe que oui.) Mon lils traque et chasse autour de mon château le monstre même qui m'obsède, et au lieu de m'en réjouir, une immense pitié m'étreint, je sens que je touche à un moment décisif de ma vie. Vois, elle se traîne à mes genoux, Raimbaude. Que dois-je faire de cet être sans nom ?
RAIMBAUDE, effrayée.
Vou^ n'allez pas l'emmener avec vous ?
C'est vrai. Devant toute cette foule, ces pèlerins, com- ""otient oser franchir le seuil de la chapelle avec cette bête affreuse sautelant sur mes pas?
RAIMBAUDE, entre ses dents.
D'autant plus qu'il y en a qui se souviendraient et pourraient dire--
LA REINE
Tu as raison, cette couche de malheur leur reviendrait
LA MANDRAGOP.E 181)
à la mémoire et Ton dirait que j'ai... (à la Lète) Va-t'en, vat'en.
(La béte s'accroche désespérément au manteau de la reine.)
LA SUIVANTE
Voyez! elle a les yeux pleins de larmes.
LA REINE, apitoyée.
Tu dis?
(En ce moment des voix et des chants éclatent )