LES TROIS MENDIANTES
Tu es une vraie sorcière !
ODOMLDE
Oui, j'aime le mal pour le mal et mérite de réussir, mais chut! quelqu'un vient, le sable des dunes ronfle comme un tambour. Quelqu'un, vous dis-je, marche dans la bruyère.
MEGGIROUDE
Faut-il lui sauter à la gorge ?
LONGGIIET
Ou lui fendre le ventre du tr-anchant de nos ongles? Malheur à l'imprudent qui vient troubler notre conseil! Vite vos mains, mes sœurs, pour former la ronde et l'entraîner au-dessus des pâtures et des mares, des mares et des pâtures, des pâtures et des bois.
ODOMLDE
Paix, mes sœurs, rentrez vos griffes, et toi,Cossine, impose silence à ton cliquet de bois. Celui qui vient ici vous vaut toutes; sa mauvaiseté égale la vôtre, tout inconscient et tout jeune qu'il soit. C'est un vrai prince et le plus bel atout de votre jeu, le dé pipé de la partie que nous tenons contre l'àme d'une reine et la gloire d'un roi.
MEGGIROUDE
Un prince, dis-tu?
ODONILDE
Mieux, un dauphin, et vous l'alléz voir, un vrai mignon de couchette et de chevalet, cruel comme un chapard et beau comme père et mère, le portrait et le désespoir de la reine, celle-là même que j'amènerai cette nuit.
GOSSINE Que vient-il faire ici ?
MEGGIROUDE
Nous consulter?
ODONILDE
Non pas. Ce champ de supplice est un lieu pour lu* plaire, je gage qu'il y vient promener ses amours.
COSSINE
En effet, une colombe raccompagne.
ODOXILDE
Je l'aurais parié ; mais retirons-nous à l'écart, mes sœurs, et livrons-lui passage. Qu'il ne nous voie pas, qu'il ne nous soupçonne pas, et, pour peu qu'il parle, vous l'aimerez comme moi.
MEGGIROUDE et les deux autres mendiantes. Brrrt !
(Elles se dispersent et se cachent derrière les gros cubes de pierre des
gibets.) (Entrent Rotterik et Bellangère. Rotterik est tout vêtu de drap noir et
de soie violette, il marche drapé dans un grand manteau en tenant
enlacée Bellangère-j