SCENE II
Les mêmes, ROTTERIK
UNE VOIX, au dehors.
Holà! ouvrez. Dormez-vous, ma mère?
LA REINE
Rotterik ! c'est lui qui... (La princesse fait signe que oui.) Crucifieur de femme!... Alors, quand il t'a amenée toute sanglante hier...
LA PRINCESSE
II ne savait pas, lui non plus, il a torturé le monstre, il est vrai, mais il aime la fille.
LA REINE, joignant les mains et se levant toute droite.
Il t'aimait?... Il te désirait, tu veux dire... (La princesse fait signe que oui.; 0 ma honte!
(On refrappe encore à la porte.)
ROTTERIK, derrière la porte.
M'entendez-vous ? c'est moi, Rotterik, votre fils. ^Parlant à ses hommes d'armes.) Il faut que le froid l'ait rendue sourde. (Secouant la porte.) Ouvrez! je vais faire enfoncer la porte, Je vous entends chuchoter, vous êtes là!
LA PRINCESSE, serrée contre sa mère.
Ne m'abandonnez pas, ne me laissez pas seule avec lui, ma mère. Ah! tout mon sang se glace, l'horrible me'tamorphose est proche, le jour naît, je le sens. Cachez-moi, ne me regardez pas, vous allez avoir horreur de moi.
LA REINE
Mon enfant, mon enfant! (Elle ferme les rideaux sur la princesse qui se débat, tout en gardant ses mains dans les siennes, et prête l'oreille.)
ROTTERIK
Je VOUS préviens, ma mère : j'y fais mettre la hache si vous n'ouvrez pas.
LA VOIX DE LA PRINCESSE, de plus en plus faible derrière le rideau.
Vous ne me renierez pas, ma mère? vous ne m'abandonnerez pas?
LA IIKINK
Non, non, mon enfant.
Durniit ces j.mix de scrn<\ la iMmpo s'e4 éteinte et le jour naissant lonl(Mui'nt a illuminé le vitrail.
ROITKUIK, derrière la porte.
Allons, à vos haches les gars, enfoncez-moi cette porte.
^Rainibaude entre précipitamment par la porte du fond. Elle accourt au bruit avec Maheude et Mengeotte.)
SCÈNK m
Les mkmes, UAIMBâUDE, MAHi:iJDE, MENGEOTTE
RAIMBAl'DE, à la reine.
Mais ils vont tout briser, madame.
LA REINE
Oui, le chacal réclame sa proie, la luxure attise sa colère. Ah! ce fils incestueux et tortureur de femmes! (p:ile ouvre les rideaux pour voir la princesse et les referme précipitamment avec un grand cri.) Oh, oh ! la bête est là.
MENGEOTTE, à Raimbaude.
On dirait que ses visions l'ont reprise : elle se lait, raide et les yeux fixes.
(La porte commence à céder sous les coups de bâches, les antres fcnimes sont accourues au bruit et sont groupées suppliantes autour de la Reine.'
MENGEOTTE
N'excitez pas sa rage, bonne marraine.
LA REINE, debout comme en rêve.
Oui, Raimbaude, il est temps, va tirer les verrous,