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SCÈNE IV

Les mêmes, ROTTERIK, LES HOMMES D'ARMES

Entre en coup de vent Rotterik, tous les hommes d'armes derrière lui. Roterik s'arrêtant au milieu de la chambre, interdit devant la pâleur de la Reine.

ROTTERIK

Vous VOUS moquez, madame?

MENGEOTTE, bas à Roterik.

Son anciemie folie Ta reprise, ne la brusquez pas. Elle est en proie à quelque affreux cauchemar.

ROTTERIK

Oui, ce château est plein de spectres et j'y sens un vent qui me tourne la tête. (S'avançant vers la reine.) Eh bien, ma mère?

LA REINE, debout devant les rideaux-

Ah! c'est toi, Rotterik? e'coute-moi... Tu sais de quel injuste exil j'expie ici le crime d'une naissance horrible?

ROTTERIK

11 ne s'agit pas de cela, ma mère, mais la fille d'hier.

Si, il s'agit de cela. Le misérable avorton dont le roi

ordonna aussitôt la mort, le monslre à tête hideuse qui m'a fait répudier, exiler, renier par tout un peuple, on m'a môme accuse'e de sorcellerie, la bête que tu chassais il y a six mois dans cette forêt et que tu crucifiais si cruellement à un arbre...

ROTTKRIK

Comment sait-elle? elle délire, (il s'avance vers la reiue et la Ijrend par le bras.) Allons, ma mère, remettez-vous.

LA REINE, reculant.

Ne me touche pas, ne me touche pas. Oh ! mon Rotterik, c'est ta mère qui t'en prie! ëpargne-la; ne lui fais pas de mal.

ROTTERIK, aux femmes.

Elle est complètement folle, emmenez-la.

(Les femmes font mine de vouloir emmener la reine.

LA REIN'E, se débattant.

Me séparer de ma fille! jamais, laissez-moi, laissez-moi !

ROTTERIK

Sa fille !

LA REINE

Oui, le monstre aux yeux verts, le pauvre petit être que je n'ai pas su défendre et dont les pattes tremblantes se tendaient vers moi, le monstre vit, et la belle fille aussi que lu pourchassais la nuit dans la broussaille, la triste fille que tu m'amenas saignante cette nuit, mes entrailles l'ont portée comme toi, Rotterik! un sort affreux pèse sur notre race, le monstre t'a pardonné à toi aussi, ne lui fais pas de mal. (Elle tombe aux genoux du prince.) Ne lui fais pas de mail

ROTTERIK

Allons! J'ai trop écouté ses sornettes. (S'ad ressaut aux femmes.) Occupez-vous de votre maîtresse ! (il repousse violemment la Reine, qui tombe à la renverse, et écarte brusquement les rideaux du lit. La bête monstrueuse apparaît gisante sur les oreillers à la i)lace de la princesse; elle a les pattes bandées de linges.)

(Tous, hommes et femmes, reculent avec horreur.)

ROTTERIK, les yeux fixés sur la béte.

Elle! le monstre que j'ai cloué moi-même à ce tronc de bouleau. EUel elle aurait pendant six mois vécu crucifiée à cet arbre? il y a de la sorcellerie là-dedans. (S'avançaut avec un grand cri vers le lit.) Et j'aurais convoité cette princesse de marécage? (S'adressant à la reine el lui montrant la bête.) Et nous serions tous deux sortis des mêmes entrailles, issus du même sang! Vous l'avez dit, madame, une race est maudite qui ne produit que des monstres ; la bête a trop vécu ! (Il tire sa dague et va vers le lit.)

LA REINE, se relevant et se précipitant devant le lit.

Rotterik, tu ne feras pas cela!

(Une lutte s'engage, la dague touche la reine au cou. Le prince, de colère, lance sa dague dans le vitrail qui se brise. La reine s'affaisse contre le lit, la tête posée près de la bête.)

MAIIEUDE, se précipitant à genoux près de la reine.

Ah! monseigneur! monseigneur! (Elle se relève et se sauve en criant.» Il l'a tuée! il l'a tuée!

(Toutes les femmes se sauvent et disparaissent par la petite porte.)

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