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SCENE DEUXIEME

Et cette porte, fermée, comme cette lettre !

Allons ! Jai trop chaud, maintenant ! Otons ce manteau. Tiens, mais elle est très bien, la personne que me représente cette glace, très bien.

Très bien, et c'est moi...

Voilà pourtant l'objet à la porte duquel mon époux se met volontairement... en me fermant la sienne. Bien dégoûté, ce Monsieur. On t'en donnera des petites personnes comme celle-ci. On t'en fricassera !... Me laisser ainsi en jachère !

Les hommes sont à faire pitié, ma parole ! . Mais heureusement, tous ne sont pas... comme celui-là !... Ainsi, cette nuit, au bal...

Au fait, tenez, puisque vous êtes là, et moi aussi, je vais tout vous dire et vous allez voir ce qui est arrivé...

D'abord, j'arrive, avec mon mari.

Dès rentrée, un valet nous annonce; je le vois encore, roide comme un piquet , ouvrant sa large bouche pour nous annoncer.

Elle imite le valet de pied, et. muette, annonce :

« Monsieur et Madame un tel. »

Puis, reprenant la personnalité d'elle-même au hras de son mari, continue son entrée interrompue.

En nous voyant, en me voyant, tous s'arrêtent, et ce ne sont que saints et poignées de main ; chacun accourt, on se précipite, on chuchotte, on admire, on se pâme.

C"est elle ! dit-on, c'est elle! Elle, Elle, Elle! Et cet Elle, s'en volant de toutes les bouches, semble un bruit dalles! Elle, Elle, Elle, Elle ! Tous les regards sont tournés vers moi. Je suis devenue le centre. Je

me fais l'effet d'une cible. Une cible. Quelle gloire ! Reine de la soirée. Quel triomphe !

Enfin je parviens à une chaise et puis me reposer un instant, fatiguée de saluer, causant avec mes voisines et surtout mes voisins, trop heureux de l'honneur.

Tout à coup, les discordances d'un orchestre s'accordant.

Que va-t-il se passer?

C'est la partie concertante.

Attendez, je vais me la remémorer pour vous. J'ai là le programme. Commençons parle commencement.

Premier numéro :

Ouverture à grand orchestre. Ces Messieurs prennent le la. C'est à rendre une colombe enragée !

Un fort homme se lève, bâton en main , c'est le conducteur du troupeau mélophone, le chef d'orchestre. Un coup d'œil à ses gagistes, un coup d'œil aux écoutants, le bras en l'air, une mesure pour rien, et, crac ! Des flots d'harmonie, où se noyé la mélodie.

Il est campé des plus crânement, ce bâtonnier d'Apollon, mais mon Dieu, qu'il a chaud, le malheureux !

Et voici l'immanquable solo de violon, puis le non moins immanquable solo de petite flûte. Comment compter les prodiges de celui-ci et de celui-là, et de cet autre encore, trombone on contre-basse. Dieu de l'appogiature et de l'arpège, nous avez- vous donc créés pour ces gymnastiques? Enfin le maestro-conducteur étend les mains comme pour bénir.

C'est la fin.

Ouf !

Et bravo ! bravo ! bravo !

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