‹ ThéâtreChapitre 155 sur 156 · PAS DES POMMES D API · texte numérisé non relu

PAS DES POMMES D API

Cette fois, les rôles sont renversés et ce sont les femmes qui offrejit la pomme à leurs danseurs.

Mais Catherine, la vieille fille, qui a passé l'âge des conquêtes et que les godelureaux, en dépit de ses œillades, n'honorent même plus d'un regard, s'ennuie d'être tout à fait délaissée.

Juste à ce moment arrive un gros fermier, le père La Joie, qui s'assied à une table.

Catherine va vers lui, le cajole, lui fait des avances qu'il trouve excessives, et l'invite à venir prendre part aux joyeux ébats des jeunes gens.

Le père La Joie hausse les épaules; ce n'est plus de son âge. Il préfère maintenant le solide, et frappe sur un broc comme pour dire : a Passé le temps de la danse, voilà où se trouve pour moi maintenant le véritable plaisir. »

// verse du cidre dans deux verres, en prend un et offre l'autre à Catherine, qui accepte et trinque avec lui. Des rasades se succèdent et, à chaque lampée, les yeux de la vieille fille s'allument davantage; mais elle exprime, avec force soupirs comiques, que boire ne la satisfait pas complètement. Ce quelle désirerait, ce qui manque à sou bonheur, c'est une pomme.

Ah ! si La Joie voulait bien la lui offrir, ils n'auraient plus rien à envier ni l'un ni l'autre à ces galantins et à ces jouvencelles qui se divertissent en se moquant d'eux.

Elle va chercher une pomme, la présente à son compère avec une grâce surannée.

Soyez aimable, implore-t-elle, je ne serai heureuse que si je la reçois de vos mains.

Le bonhomme fait d'abord la grimace, puis il se ravise et, d'un air narquois :

Une seule, exprime-t-il, en levant le doigt et en montrant la pomme, la belle affaire ! Cela n'est pas assez pour une aussi .superbe femme. Mais c'est deux fpommes — et son geste traduit le chiffre — qu'il vous aut, je suis prêt à vous les offrir.

Catherine, dont la physionomie s'éclaire soudain et

dénote un ravissement un peu égrillard, s'empresse de lui obéir et lui en tend deux très grosses.

Le Père La Joie la regarde en ricanant et indique au public combien sont peu opulents les appâts de la vieille donzelle. Il prend les deux pommes et les lui glisse dans le corsage, où s'accusent aussitôt d'insolites rondeurs. Cette farce, d'un goût douteux, indispose la meille. Elle reproche tout d'abord au fermier son inconvenante privante ; puis, constatant que les ornements postiches dont il vient de la gratifier ne laissent pas que de l'avantager, elle s'adoucit et redevient tendre.

Mais les jeunes amants se sont rapprochés. Ils entourent le couple, dansent une ronde et, après avoir amoureusement et comiquement enlacé les deux vieux, ils les font passer sous un dais factice, formé de leurs bras levés en l'air, et les obligent à s'embrasser.

Après une danse effrénée, à laquelle tous prennent part, on boit, puis des jeux de toutes sortes s'organisent, se succèdent.

Cependant Biaise, plus que jamais, est épris d'Isabelle, qu'on déclare la reine de la fête. On la couronne de fleurs et on la porte en triomphe.

Doucement vient la nuit, et, pendant que cessent les derniers éclats de gaieté, le clair de lune apparaît. Peu à peu des couples se forment, quittent la scène et discrètement se glissent dans le bosquet en hémicycle.

On les voit successivement paraître à la première lucarne. Le villageois, très empressé, offre une pomme à sa compagne qui, timide, le repousse.

A la seconde ouverture, même jeu, mais diversité d'attitude. Attaque plus pressante de la part du jeune homme, résistance plus molle du côté de la jeune fille.

Enfin, à la baie du centre, on voit les amoureux mordre à belles dents, tour à tour, dans la pomme et s'enlacer tendrement.

A l'ouverture qui suit, la femme, à son tour, agace l'homme, mais celui-ci parait plus tihle.

Il semble aussi plus refroidi et elle plus ardente à l'autre lucarne.

A la sortie de la tonnelle, l'amoureux transi parait être devenu inseîisible aux charmes de son amante et repousse délibérément ses mignardes et provocantes caresses.

A plusieurs reprises, ce jeu de scène se reriouvelle avec des couples différents.

Vient le tour du vieux et de la vieille. Mais à la baie du centre, quand il s'agit de croquer la pomme, ils doivent y renoncer, faute de dents.

Ils sortent du berceau en se disputant. La Joie, haiissant les épaules, se console avec un pichet de cidre et appelle ses jeunes amis.

Catherine s'éloigne furieuse. Elle essaye vainement de se venger. Les quelques bergers auprès desquels elle vacoquetter, se moquent d'elle ou, sans égards, la rebutent brutalement.

Tandis que les hommes s'attablent.

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