‹ ThéâtreChapitre 27 sur 156 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

l'abbé

Non est hic locus.

FLORESTAN

Au coiilniire, la poésie c'est très digestif.

l'abbé Vous y tenez ?

ESTELLE

Beaucoup.

l'abbé

J'obéis donc. (// tousse.) Hum... Je commence : Sonnet... C'est un sonnet.

FLORESTAN

Le titre ?

l'abbé

Il n'y on a pas. J'ai pensé qu'il valait mieux annoncer simplement un sonnet. Ça rassure l'auditoire ; il est tout de suite fixé sur la durée du supplice.

ESTELLE

Inutile précaution. Nous sommes tout oreilles.

LABBÉ

C'est un bouquet à Chloris!... Voilà.

Je n'aime plus la liberté Depuis que tu me l'as ravie.

Ma chaîne est ma seule fierté, L'oiseau ne me fait plus envie.

Par tous les lys de ta beauté Mon âme noble est asservie.

Et je tiens à ta royauté.

Belle Chloris, [»his (|u'à la vie.

Esclave, je me sens plus fort Que les hommes et que le sort.

Tu n'as qu'à l'ordonner, ma reine,

Et je soumettrai luiiivcrs A ta puissance souveraine, N'ayant pour armes que mes fers.

ESTELLE

Bravo !... c'est d'une grâce ! d'une élégance !

FLORESTAN

Tous mes compliments, l'abbé, vos vers sont exquis. I

ESTELLE

Merci, monsieur l'abbé!... Les femmes sont plus j sincères que les hommes. Quand elles disent le ' contraire de ce qu'elles pensent, c'est qu'elles ont à combattre le mensonge et plaident le faux pour savoir le vrai.

FLORESTAX

A quoi cela rime-t-il ?

ESTELLE

A rien. J'ai dit simplement ce que je voulais dire, à savoir qu'avec vous la dissimulation est de bonne guerre.

FLORESTAN

Je ne comprends pas.

ESTELLE

Tant mieux !

l'abbé Vous recommencez?... Oh! non, je vous en prie!

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