SCENE PREMIERE
l'abbé
Non est hic locus.
FLORESTAN
Au coiilniire, la poésie c'est très digestif.
l'abbé Vous y tenez ?
ESTELLE
Beaucoup.
l'abbé
J'obéis donc. (// tousse.) Hum... Je commence : Sonnet... C'est un sonnet.
FLORESTAN
Le titre ?
l'abbé
Il n'y on a pas. J'ai pensé qu'il valait mieux annoncer simplement un sonnet. Ça rassure l'auditoire ; il est tout de suite fixé sur la durée du supplice.
ESTELLE
Inutile précaution. Nous sommes tout oreilles.
LABBÉ
C'est un bouquet à Chloris!... Voilà.
Je n'aime plus la liberté Depuis que tu me l'as ravie.
Ma chaîne est ma seule fierté, L'oiseau ne me fait plus envie.
Par tous les lys de ta beauté Mon âme noble est asservie.
Et je tiens à ta royauté.
Belle Chloris, [»his (|u'à la vie.
Esclave, je me sens plus fort Que les hommes et que le sort.
Tu n'as qu'à l'ordonner, ma reine,
Et je soumettrai luiiivcrs A ta puissance souveraine, N'ayant pour armes que mes fers.
ESTELLE
Bravo !... c'est d'une grâce ! d'une élégance !
FLORESTAN
Tous mes compliments, l'abbé, vos vers sont exquis. I
ESTELLE
Merci, monsieur l'abbé!... Les femmes sont plus j sincères que les hommes. Quand elles disent le ' contraire de ce qu'elles pensent, c'est qu'elles ont à combattre le mensonge et plaident le faux pour savoir le vrai.
FLORESTAX
A quoi cela rime-t-il ?
ESTELLE
A rien. J'ai dit simplement ce que je voulais dire, à savoir qu'avec vous la dissimulation est de bonne guerre.
FLORESTAN
Je ne comprends pas.
ESTELLE
Tant mieux !
l'abbé Vous recommencez?... Oh! non, je vous en prie!