VI PREFACE
Aujourdliui, d'ailleurs, après avoir t'crit tant d'ouvrages d'érudition et de causerie artistique, peut-être, au lieu d'une chronique, l'affaire Humbert vous eût-elle inspiré quelque scène de comédie, un miinodrame ou une pantomime. Vous avez, en efiet, voulu làter du théâtre, comme tout le monde — car le nombre est considérable des gens que la rampe attire, depuis les gens de lettres, dont c'est le métier, jusqu'aux amateurs dont c'est le passe-temps — et voilà qu'à présent vous publiez votre Théâtre, un volume curieux, varié, amusant, original, où je retrouve plus d'une saynette et d'un monologue applaudi jadis et agréable à relire.
Le Théâtre ! C'est le grand mirage. Il donne la gloire si vite et si facilement aussi la fortune ! Pas toujours, et l'oasis a des fondrières, des sables mouvants, de douloureuses surprises. Mais empêchez donc les espérances des chercheurs d'aventures ! Vous êtes trop bon voyageur, voyageur dans l'àme, pour ne pas savoir que les amoureux de l'inconnu ne s'arrêtent point devant les conseils. La scène d'Oronte et du sonnet est celle, j'en suis sûr, qui se joue le plus souvent, un peu partout. Autrefois on m'apportait une pièce tous les trois jours ; maintenant on m'en envoie trois par jour en moyenne. Faites le total et dites-moi ce qu'on peut bien, en dix ans, avoir causé de déceptions à
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de bravos gens et s'être, dos meilleurs d'entre eux, fait d'irréconciliables ennemis. Il est vrai que rien n'est plus cruel que d'avoir devant soi un liomme persuadé d'avoir fait un chef d'œuvre et qui pressant, angoissé, vous dit : » Donnez-moi la gloire! Donnez-moi la vie!... » Mais le public n'a ni de ces hésitations ni de ces pitiés. 11 faut lui plaire. Hors de son suffrage, point de salut.
Aussi bien, (juel plaisir, mon cher ami, de pouvoir vous parler de votre Théâtre sans avoir à. le juger administrativement ! Je crois bien que ce sentiment de libération d'esprit n'a pas peu contribué à me faire aimer vos charmantes Douviettes. Je m'amuse toujours au théâtre quand j'y vais sans arrière pensée. Un soir avec Sardou, llalév}% Pailleron, je suis entré aux Nouveautés DÙ l'on jouait votre Statue du Coynmandeur. Nous fûmes tous charmés, moi plus que les autres 3arce qu'aussi bien je pouvais trouver la pièce îxquise sans (lu'on m'accusât <le l'avoir refusée.
Non pas qu'on ne m'ait point présenté de panominies à la Comédie Française. On m'a présenté de tout. Mais vous ne vous seriez pas avisé l'apporter la Statue du Commandeur dans la liaison du (Commandeur, ^'ous avez, avec cette iièce qui fit le tour du monde, rajeuni, renouvelé a pantomime, et notre ami Champfleury eût été leureux d'un tel succès, lui l'amoureux de Colom-