SCENE PREMIERE
FLORESTAN
Comment?
LABBÉ
En épousant Madame... Maintenant, si vous ne voulez pas que je vous accuse de m'avoir attiré dans un piège, nous abandonnerons ce sujet,
FLORESTAN
De grand cœur.
ESTELLE, à son mari Cette conversation n'est pas de votre goût, je comprends cela, Monsieur.
LABBÉ
Je vous en prie. Madame!... Ne disiez-vous pas tout à riicure que votre discussion avait eu pour point de départ le choix d'un morceau de musique?
ESTELLE
Oui.
LABBÉ
La musique, un Casus belli!... C'est contraire à toutes les traditions.
FLORESTAN
En effet... mais si la légende parle d'un certain Orphée qui, aux sons de sa lyre, apprivoisait les tigres, elle ne soutllc mot d'aucun dieu, d'aucun héros ayant eu le pouvoir de calmer les nerfs d'une femme trop sensible ou jalouse...
ESTELLE
Jalouse! moi !... le ciel m'en préserve.
l'abbé Ne réveillons pas la chatte qui dort. Vous m'avez
demandé mon avis sur les romances que vous chan- 1 terez chez la duchesse, je suis prêt à vous le donner... ■'
En toute sincérité, n'est-ce pas?
l'abbé Je vous le promets.
ESTELLE
Sachez donc que le Marquis veut à toute force chanter le Dieu! qu'il la fait bon regarder... de Charles d'Orléans... vous connaissez?
l'abbé
Très bien. J'aime beaucoup cette chanson : les paroles et l'air en sont charmants.
FLORESTAX
Là, vous voyez !...
ESTELLE
Je n'y contredis pas... Seulement elle ne convient pas du tout à votre voix.
FLORESTAX
C'est ce que je conteste! Faites-nous le plaisir d'en juger, l'abbé.
l'abbé
Volontiers.
FLORESTAX
Vous plairait-il, Madame, de tenir le clavecin ?
ESTELLE
Ah! cela, non, par exemple !... Je n'ai pas le talent qu'il faut pour accompagner un virtuose de votre mérite.