RAOUL, PHILIPPE, SUZANNE
RAOUL, à Suzanne qui ferme le piano et se lève. Bravo, mademoiselle Suzanne !... Vous jouez avec un brio !...
PHILIPPE
Un talent!...
SUZANNE
A la campagne, on s'ennuierait à mourir, si on n'avait pas de piano. Je fais de la musique toute la journée.
HAOUL
Votre père doit être aux anges ?
SUZANNE
Non, il est aux bètes, c'est-à-dire à la chasse. Mon père n'est mélomane qu'à Paris. Ici, ce n'est plus
M. d'Harville qu'on le nomme, c'est Nemrod. Il ne me tient guère compagnie que le dimanche. Les autres jours, il part de grand matin et ne rentre qu'à la nuit. Nous dînons ; il m'embrasse, puis va se coucher.
RAOUL
Quelle existence !
SUZANNE
Aussi, vous suis-je bien reconnaissante à tous deux d'être venus égayer ma solitude.
RAOUL
C'est à nous de vous remercier de votre aimable invitation.
SUZANNE
Oh! pas de cérémonie!... Nous sommes, tous les trois, des amis trop anciens.
PHILIPPE
C'est vrai ! Il y a dix ans que nous nous connaissons. Nous étions encore au collège, Raoul et moi. Vous, vous portiez des jupes courtes.
SUZANNE
Dix ans, déjà!... Comme le temps passe!... Sommes-nous assez vieux, hein ?
Elle rit.
Oh ! les belles vacances, que nous avions alors ! Vous faisiez déjà de Philippe et de moi tout ce que vous vouliez... Nous vous aimions comme des fous... Et nous étions jaloux !...