SCENE PREMIERE
PHILIPPE
Gomme des tigres !
RAOUL
Plus dune fois, nous en serions venus aux mains, si vous ne vous étiez interposée, et nous aurions fini par aller sur le terrain, si vous aviez témoigné à lun de nous plus daffection quà l'autre.
SUZANNE
Nous étions des enfants.
RAOUL
Assurément ; mais notre cœur avait déjà parlé. Pour un sourire de vous, nous aurions donné notre vie.
SUZANNE
Je constate avec plaisir que vous jouissez d'une santé parfaite et que vous êtes restés bons amis ; ce qui me dispense de tout remords.
PHILIPPE
Hélas !
SUZ.\NNE
Pourquoi, hélas?
Parce que nous vous aimons toujours ; parce que le malheur seul nous a rapprochés ; parce que vous nous avez désespérés, en acceptant pour fiancé M. Olivier Desroches.
SUZANNE
Est-ce ma faute ? J'avais et j'ai encore pour chacun de vous la plus vive et la plus franche amitié ; mais
vous ne représentiez, ni l'un ni l'autre, l'époux que
je souhaitais; tandis que M. Desroches...
RAOUL
Réalisait tous vos rêves, c'est entendu !... Mais cela ne l'a pas empêché, sous prétexte d'une mission dans l'Afrique centrale, de vous quitter quelques jours après vos fiançailles.
SUZANNE
Un ordre de ses chefs l'a obhgé à partir.
RAOUL
Votre mariage devait être célébré à son retour et n'être retardé, selon ses prévisions, que de cinq ou six mois. Et demain, il y aura trois ans que vous n'avez reçu de ce sempiternel futur aucune nouvelle. Il n'est assurément plus de ce monde. S'il vivait encore, son silence serait inexplicable. Vous ne pouvez l'attendre indéfiniment. 11 faudra bien que vous donniez raison au proverbe : « Les absents ont tort. »
PHILIPPE
D'ailleurs, vous nous avez déclaré que, si dans le délai de trois ans, M. Olivier n'était pas revenu, vous vous croiriez déliée vis-à-vis de lui et reprendriez votre entière liberté.
SUZANNE, ironiquement.
J'ai dit cela?
RAOUL
Oui... Or, ce délai expirant demain, nous sommes venus dans l'espoir d'être agréés par vous et dans l'intention de demander officiellement votre main à M. d'Harville.