SCENE PREMIERE
SUZANNE, même ton.
Tous les deux?...
RAOUL
Non : Philippe, si c'est pour lui que votre cœur se prononce ; ou, moi, dans le cas contraire. Ne jouez pas sur les mots, vous comprenez à merveille.
SUZANNE
Et vous m'annoncez cela, sans préambule, monsieur l'avocat? Vous auriez dû m'y préparer. Ne craignezvous pas que tant d'émotion... ?
PHILIPPE
Oh ! vous vous moquez !...
SUZANNE
Moi? point!... mais j'ai une de ces envies de rire.
Elle rit aux éclats.
RAOUL
Oh ! vous avez une bouche ! et des dents !...
Vraiment? M. Philippe n'a pas l'air d'en être aussi sûr que vous.
PHILIPPE
Oh ! mademoiselle Suzanne !
SUZANNE, d'un ton comiquement grave.
Messieurs, vos sentiments me touchent et m'honorent ; je suis extrêmement flattée de votre demande, mais...
PHILIPPE
Mais...?
SUZANNE
Avec la triste expérience que je viens de faire, je ne m'exposerai pas à de nouvelles déceptions.
RAOUL
Vous n'avez pas à en redouter de notre part. Nous ne sommes pas des explorateurs, nous. Notre unique ambition est de mourir oîi le bonheur nous attachera,
SUZANNE
Vous n'êtes pas difficile. Sérieusement, je vous trouve bien gentils tous les deux, comme amis ; mais comme maris, vous manquez des qualités et... des défauts que j'aime... Et puis, je vous connais trop.
RAOUL
Pas assez. Mademoiselle. Votre jugement est révisable ; nous en appelons.
Soit ! Mais si vous voulez que je revienne sur mon opinion, il faudra que vous vous prêtiez à tous mes caprices.
PHILIPPE
Dictez vos conditions, nous y souscrivons d'avance.
SUZANNE
Prenez garde, je vais vous imposer des choses folles.
RAOUL
Je vous ferai des vers, si vous l'exigez,
PHILIPPE
Moi, je marcherai sur la tête.