SCENE TROISIEME
Fanny entre, portant nn plateau qu'elle dépose sur la table. Elle s'inclhu' ensuite et sort.
SUZANNE, à Philippe.
Qu'est-ce que vous désirez ? Un verre de madère ou d'eau sucrée ?...
PHILIPPE
Du madère. Offrez l'eau à Raoul.
Uaoul imite un chien qui aboie et fait mine de le museler.
SUZANNE, riant.
Uaoul a raison. Vous devenez enragé, il va falloir vous museler. Allons, je vous verse à tous deux du madère. (FJle tend un verre à Raoul qui le prend en s'inclinant, puis un autre à Philippe. Celui-ci ne le prend pas.) Ah ! c'est juste. Vous n'êtes pas libre de vos mouvements, je vais vous faire boire. (Elle approche le verre de la bouche de Philippe qui en profite pour lui baiser le bout des doigts.) Ah! mais, dites donc... c'est un geste, ça !
PHILIPPE
Non, Mademoiselle ; c'est un simple lapsus des lèvres. Je voulais les porter au verre et c'est par hasard qu'elles ont rencontré et effleuré le bout de vos doigts roses. Excusez-moi !
SUZANNE
C'est bon, menteur 1... Qui se serait douté que vous étiez si hardi... Ah 1 vous pouvez vous vanter de bien cacher votre jeu !...
Elle le fait boire.
PHILIPPE, après avoir bu.
A votre santé, Suzanne, et à notre prochaine union ! Si Raoul est sage, je le ciioisirai pour garçon d'honneur. Raoul, qui est en train de boire, en amie de travers.
SUZANNE
Voilà que Raoul s'étrangle... Pauvre garçon !... (A Philippe.) Vous avez donc juré sa mort ?
PHILIPPE
Non, je veux d'abord qu'il assiste à notre mariage. Nous irons ensuite, si cela lui plaît, à son enterrement. (A Raoul.) Tu refuses ? je m'y attendais. Regardez donc, Suzanne, la figure qu'il fait... Il ne veut pas mourir... Le lâche !
Raoul fait un geste de menace.
SUZANNE
Tout beau, Philippe ! la plaisanterie est lugubre et je comprends qu'elle ne soit pas du goût de Raoul.
PHILIPPE
Allons, je lui fais grâce de la vie, puisque vous l'exigez. Vivez, Monsieur, et remerciez Mademoiselle. Sur ce, je m'assieds.
Il s'asseoit.
SUZANNE
A votre aise; mais continuez, je vous écoute.
PHILIPPE
A quoi bon? Je n'ai plus rien à ajouter puisqu'il est convenu que vous m'autorisez à demander, dès ce soir, votre main à M. d'Harville...